Le droit sans la justice
317 | Automne 2017
Une haine authentique - Liberté au FTA

Des arbres à abattre, texte de Thomas Bernhard, traduction de Monika Muskala, adaptation et mise en scène par Krystian Lupa, présenté les 2 et 3 juin 2017 au Théâtre Jean-Duceppe dans le cadre du Festival TransAmériques.

Le scandale dépasse l’anecdote. Des arbres à abattre, l’adaptation du roman de Thomas Bernhard par le metteur en scène polonais Krystian Lupa, a bien failli ne pas venir au Festival TransAmériques. Le nouveau directeur du Théâtre Polski de Wroclaw, où la pièce fut d’abord montée en 2015, n’apprécie guère Lupa, et a congédié plusieurs acteurs de la troupe. On peut certainement y déceler une censure politique, symptôme d’un gouvernement autoritaire aux valeurs conservatrices et catholiques.

L’objet en lui-même est monumental, ne serait-ce que par sa durée qui impose une patience considérable. Spectacle de près de cinq heures, Des arbres à abattre repose néanmoins sur une trame dramaturgique simple. Thomas renoue avec ses anciens amis, les Auersberger, lors d’une rencontre dans les rues de Vienne. Leur amie commune, Joana, une actrice déchue, vient de se suicider. Ils se retrouvent pour les funérailles dans la petite ville de Kilb, puis pour un « dîner éminemment artistique » auquel Thomas consent à assister. Il réintègre alors la petite communauté mondaine qu’il avait quittée une vingtaine d’années plus tôt.

Le plateau rotatif présente quatre lieux : le salon (enfermé dans une cage de verre) et la salle à manger bourgeoisement décorés de la maison des hôtes, la chambre délabrée de Joana, ainsi qu’une petite chapelle. Treize comédiens se partagent la scène. La linéarité du spectacle est rompue par des flash-back : les scènes avec Joana ainsi que quelques films projetés sur un écran surplombant la scène ajoutent une profondeur à la temporalité lente du spectacle. Lupa a fait le choix de garder un « narrateur » dans sa transposition scénique du roman, le personnage de Thomas, restant la plupart du temps à l’écart de l’action, presque assis hors scène, commentant hargneusement l’hypocrisie des discussions.

Dire que l’œuvre de Thomas Bernhard est hargneuse relève du lieu commun. Mais comment fonctionne sa notoire misanthropie ici pour chatouiller à ce point les pouvoirs polonais ? 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 317. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.