Marie-Claire Blais
312 | Été 2016
Un meurtre peut ne pas être un crime

Chapeau: 

D'Oreste à Jian Ghomeshi.

Le ton monte d’un cran. La musique monte d’un cran. Le ton monte un cran au-dessus. C’est l’escalade. Les muscles du visage se tendent, les yeux sont exorbités, toute la scène est prise de furie.

Les Furies étaient les déesses latines de la vengeance. Dans Les Euménides d’Eschyle, les Érinyes sont les déesses grecques de la vengeance et du lynchage. Elles veulent déchiqueter Oreste, le matricide, qui fuit en se bouchant les oreilles. Il se réfugie à Athènes auprès du dieu Apollon, mais Apollon ne veut pas se fâcher avec les Érinyes. Il suggère plutôt à Oreste de se réfugier dans le temple d’Athéna. Les dieux ne sont pas d’accord entre eux quant à son sort, et les Euménides sont assoiffées du sang d’Oreste, elles n’en peuvent plus. C’est là qu’Athéna a l’idée. Elle propose de former un jury mixte formé de onze citoyens athéniens plus une déesse, elle-même. Mixte veut dire ici composé de onze représentants des citoyens et d’un(e) représentant(e) des dieux. Ce n’est pas encore la parité, mais ça viendra, ça viendra vers +2037. Pour l’instant, on est au théâtre, à Athènes, en Grèce, il y a deux mille quatre cent soixante-quatorze ans (-458). 

Les spectateurs des Euménides d’Eschyle vont rentrer chez eux à travers les rues qui ne sont pas encore des ruines touristiques, en méditant et en discutant de plusieurs idées nouvelles. D’abord qu’un meurtre peut ne pas être un crime. Ça devrait occuper une bonne partie de la soirée encore jeune.  [...] 


Extrait du texte publié dans Liberté n° 312. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.