Robert Richard

Le sexuel et l’Océan

295 | printemps 2012

Deux petites pensées sur le sexuel, ici, avec une finale sur Joyce pour ceux qui n’aiment guère qu’on parle de ces choses. La prochaine fois, c’est promis, nous parlerons du droit romain. 1. L’érotisme de Sade n’est pas celui de ces livres qu’on lit d’une seule main (bien que ceux-ci puissent être tout à fait agréables à l’occasion). Son érotisme s’ouvre lentement après avoir fermé le livre — et parfois longtemps après seulement. Et cet érotisme ne tient pas à telle ou telle scène qu’on se remémore.

Le lecteur impuni : 12. Un chat n'est pas un autre

295 | printemps 2012

« D’après nos dossiers, le moment est venu de faire vacciner votre animal. Les vaccins de rappel sont nécessaires, car ils contribuent à conserver l’immunité acquise » : la carte postale de la clinique vétérinaire Beaubien avait été déposée dans ma boîte aux lettres, elle était illustrée d'un chien noir et roux retenant un chat tigré et renversé sous l'une de ses pattes avant (ce qui m'a aussitôt fait penser à "Patavan", l'un des chats d'Yves Navarre quand il habitait à Montréal dans le quartier des mauvais garçons, rue Beaudry); (...)

Le chemin de Damas de David Mamet

297 | automne 2012

On imagine mal un Pierre Falardeau se levant par un beau matin avec les idées soudainement bien tassées à droite. C’est pourtant ce qui serait arrivé à David Mamet, dramaturge américain, auteur de Glengarry Glen Ross (1992), qui, au saut du lit, a viré sa cuti, passant de la gauche à la droite conservatrice. « I was a brain dead Liberal », clamera-t-il après son Damas. Car ce Mamet, il en a soupé des légendes dorées d’une gauche qui a fini par précipiter toute une génération de démocrates bon teint dans un coma dépassé.

La soupe du jour

298 | hiver 2013

Tout est dit, déjà, dans le titre de l’essai de Chris Hedges : l’Amérique, c’est de l’illusion mise en boîte et vendue à ses propres citoyens comme de la vulgaire soupe Campbell. L’Amérique serait devenue une sorte d’énorme soup kitchen où des citoyens, financièrement et moralement appauvris, se précipitent pour se gaver à longueur de journée du poison de l’illusion, servi à la louche par politiciens véreux et corporations rapaces.

Un Faust romanichel

299 | printemps 2013

Livre vagabond que celui de Jean-Pierre Issenhuth. Livre nomade. Cela débute avec une description de la ville de Laval (il fallait le faire !) : « La ville de Laval ressemble à un casse-tête commencé, et comment dire s’il a bien commencé. » Et Issenhuth d’enchaîner avec près de cinq pages (le plus long morceau du bouquin) sur ce qui à l’époque était encore le fief de Vaillancourt. Puis, ça se poursuit avec la musique, avec des considérations sur l’œuvre du compositeur et organiste Georg Muffat (1653-1704).

Conservation ou catastrophisme?

301 | Automne 2013

Vous serez sans doute heureux de l’apprendre, et c’est Michaël Foessel qui le dit : la fin du monde a déjà eu lieu, si bien que nous vivons – figurez-vous : depuis longtemps ! – dans l’« après-fin du monde ». Ce qui a tout pour nous rassurer. On n’a plus à se ronger les sangs en se demandant quand le ciel va nous tomber sur la tête, car c’est chose faite. Le monde moderne – ce brassage qui a eu lieu autour du seizième et du dix-septième siècle – serait né de l’effondrement du cosmos grec. Le mot cosmosveut dire « ordre et beauté ».

Tirez sur le drone

302 | Hiver 2014

«À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Ces mots de Corneille, du Cid, Grégoire Chamayou aurait pu les mettre en exergue à sa Théorie du drone. C’est que, voyez-vous, l’opérateur du drone se trouve dans une safe zone climatisée, quelque part au Nevada – à côté de lui, un Big Mac à moitié bouffé –, et de là, il tire sur des Afghans ou des Yéménites, qu’on a identifiés comme des terroristes, mais qui sont parfois de simples passants, au comportement disons un peu inhabituel. Des accidents, ça arrive.

Les conditions de la laïcité

303 | Printemps 2014

Le récent débat autour de la Charte des valeurs ne volait pas très haut au Québec. On avait l’impression que ni les médias ni nos parlementaires ne disposaient d’un savoir suffisant pour saisir les enjeux propres à ce débat et les expliquer à leurs lecteurs ou à leurs constituants. C’est peut-être finalement l’ignorance pure et simple de l’histoire qui est en grande partie responsable du cafouillage auquel on a assisté. C’est donc un peu d’histoire qu’il s’agira de faire ici.