Robert Lévesque

Le lecteur impuni ; 13. Mes livres, un par un

296 | été 2012

En rangeant mes livres, un par un, dans des caisses de Budweiser et de Coors achetées en vrac et que je devais d’abord déplier, que je remplissais et qu’enfin je scotchais pour la route, je me remémorais cette chanson des années 1970 qui n’était pas, et de loin, la meilleure qu’interprétait Pauline Julien ; c’est la chute du refrain qui me revenait, insistante, avec son « J’sais pas si j’vas déménager… ou rester là ! » Ma décision était pourtant prise, je déménageais. Rester là était exclu.

La serviette de table

297 | automne 2012

Il y a une scène au parfum proustien dans L’ange exterminateur(quelque chose de Proust chez Buñuel ? : « Je suis vierge de Proust. Ces pages terribles, impeccables, sans points ni passages à la ligne, noires comme une araignée. Effrayant. Je n’ai jamais dépassé la première page des Jeunes filles en fleurs.

Remembrances

298 | hiver 2013

Pour se ramener vers les saveurs et les souvenirs de l’arrière, Proust avait ses petites madeleines et ses pavés inégaux, c’est quasiment trop connu ; Joe Brainard et Perec jouèrent abondamment de leurs « I Remember » (« I Remember many September Months ») et leurs « Je me souviens » (« Je me souviens de monsieur Mouton, l’ophtalmo, qui avait une moustache blanche ») ; Brassens chantait les « Forget me not » et les « Funérailles d’antan », et ne manquait jamais, relayant Villon, de revenir aux « dames du temps jadis » ; Annie Ernaux a cartonné avec ses Années

Profils de fantômes

299 | printemps 2013

Je déambulais avenue du Mont-Royal un samedi d’été, la circulation automobile interdite, des étalages de marchandise en solde installés au bord des trottoirs : fringues, godasses, cadrans et calendriers, tapis de souris… et des pelles à gâteaux !

Kafka sous le pissat

300 | Été 2013

Je chasse les souris avec le chat, mais je chasse ensuite le chat avec quoi?
FRANZ KAFKA

Ehr drinkt, ehr pisht

301 | Automne 2013

Au coin des rues Clark et Fairmount, qui sait si le jeune Saul Bellow n’allait pas se faire couper les tifs ; dans les années vingt du siècle dernier, au numéro 34 de la rue Fairmount, la maison qui fait l’angle, il y avait un barber shop.

Sans ternissure

302 | Hiver 2014

Ce fut, telle une étoile, une écriture filante. Ardente. Un feu follet. Je me souviens de la chambrette de la rue Hamel où, ébloui, j’avais lu, acheté à la librairie Garneau de la rue Buade, ce roman, La côte sauvage. Le vieux libraire à la redingote poussiéreuse dont j’ai oublié le nom approuva mon choix ; il avait dû me dire quelque chose comme : c’est regrettable que ce garçon soit mort si jeune… J’appris que Jean-René Huguenin, l’auteur, s’était tué dans un accident de voiture en 1962, à vingt-six ans.

Un mourant épatant

303 | Printemps 2014

Malraux, qui n’avait rien fait pour qu’on descende la dépouille de Gide dans les caves du Panthéon (pensez donc ! un pédéraste !), laissait parfois filer sans mot dire l’impression que c’était lui qui, dans l’entre-deux-guerres, avait qualifié de contemporain capital l’auteur des Faux-monnayeurs quand c’était le journaliste André Rouveyre, un ami d’Apollinaire, qui avait ainsi titré sa série d’articles parue en 1924 dans les Nouvelles littéraires; Malraux ne volait pas que des statuettes khmères…

Tartempionne à Auschwitz

304 | Été 2014

À Claudine Riera-Collet, une amie et aujourd’hui son ayant droit, Charlotte Delbo avait un jour dit cette phrase risible, cette réplique iconoclaste que nous rapportent ses premiers biographes : « Je ne veux pas écrire Tartempionne à Auschwitz.

Modiano va piano...

305 | Automne 2014

     Imagine-t-on Patrick Modiano pressé ?

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