Repenser la souveraineté
310 | Hiver 2016
Rester en arrière

«Restons en arrière, avec Crémazie, avec Marie-Victorin, avec Marie de l’Incarnation, avec Félix Leclerc, avec Jacques Cartier, avec Iberville et ses frères héroïques. Restons en arrière. Restons où nous sommes. N’avançons pas d’un seul pas. Restons fidèles. Souvenons-nous. Le temps passe: restons. Couchons-nous sur nos saintes ruines sacrées et rions de la mort en attendant la mort.»
-Réjean Ducharme, Le nez qui voque

Les phrases de Ducharme m’habitent. Je me les répète souvent, comme s’il s’agissait de petits mantras personnels, de talismans livresques préservant de la cruauté et de l’angoisse du réel. «Je suis ma propre personne», «Faisons qu’y ait plus rien; quand y aura plus rien on pourra plus dire du mal de rien», «Je m’en souviens très bien», «Tu l’as dit Mamie, la vie il n’y a pas d’avenir là-dedans, il faut investir ailleurs»… Rares sont les passages des romans de Ducharme qui soient véritablement rassurants. Ils permettent plutôt de mettre à distance les tracas et les ennuis quotidiens en mimant la table rase et le je-m’en-foutisme. Mais personne n’est dupe, ni le lecteur, ni l’auteur, ni ses personnages. On fait mine d’être détaché, indépendant et insensible sans trop y croire, sans jamais y croire.

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Extrait du texte publié dans le numéro 310 de Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.