Manifestations. La politique hors les murs.
298 | hiver 2013
Remembrances

Chapeau: 

Madeleines du Bas-du-Fleuve et autres je-me-souviens.

Pour se ramener vers les saveurs et les souvenirs de l’arrière, Proust avait ses petites madeleines et ses pavés inégaux, c’est quasiment trop connu ; Joe Brainard et Perec jouèrent abondamment de leurs « I Remember » (« I Remember many September Months ») et leurs « Je me souviens » (« Je me souviens de monsieur Mouton, l’ophtalmo, qui avait une moustache blanche ») ; Brassens chantait les « Forget me not » et les « Funérailles d’antan », et ne manquait jamais, relayant Villon, de revenir aux « dames du temps jadis » ; Annie Ernaux a cartonné avec ses Années, belle idée de les retracer par la grâce de photographies conservées, sépia, ovales, ou d’images retenues dans sa mémoire (« l’aurore boréale qui avait annoncé la guerre ») ; tout Modiano avec ses rues débaptisées, ses cafés perdus, ses dimanches d’août, ses silhouettes qui fuient, est un album au service de tout lecteur mélancolique ; et Philippe Claudel vient de respirer des moments enfuis de sa vie par le nez : les anciennes odeurs ; cannelle, charbon, chou (dont Céline disait qu’elle était celle de « la pauvreté recuite »), draps frais, tilleul, vous avez donc une âme… assure-t-il. Et voilà le psychanalyste émérite Jean-Bertrand Pontalis qui nous arrive à quatre-vingt-huit ans avec, comme déposés en rang sur un divan, ses Avant, qui sont des Quand : « Quand Sartre n’était pas célèbre et, au Flore, m’aidait à préparer un exposé (à vrai dire, il le faisait pour moi) »… […]

J.-B. Pontalis
Avant
Gallimard, 2012, 143 p.


Philippe Claude
Parfums
Stock, 2012, 217 p.