Prendre soin
309 | Automne 2015
Quitter le parc d'attractions

Chapeau: 

Les nouvelles de George Saunders mettent la fiction au service d'une éthique de la bonté.

Les allocutions d’écrivains sur la condition humaine et la société ont, ces dernières années, fourni un nombre impressionnant de citations virales et de formules-chocs que j’ai vues défiler ad nauseam sur Twitter et dans les fils d’actualité Facebook de gens qui ne sont pourtant pas des rats de bibliothèque. David Foster Wallace a ouvert le bal malgré lui en 2005, en livrant un discours poignant sur les difficultés quotidiennes de l’existence, quelques années avant son propre suicide, qui conférera un nouveau sens à ses propos. Plus récemment, l’écrivaine de science-fiction Ursula K. Le Guin, en dénonçant les abus du capitalisme lors de la cérémonie de remise du National Book Award, a tout à coup vu sa popularité décupler, elle qui jouissait d’une reconnaissance plutôt confidentielle jusqu’alors.

C’est aussi le sort qu’a connu l’américain George Saunders, grâce à un discours sur la bonté livré lors d’une collation des grades à l’Université de Syracuse en 2013, qui a eu un retentissement impressionnant. Saunders y racontait que rien dans sa vie ne lui avait causé autant de regrets que les occasions où il avait manqué de bonté ; ni la pauvreté occasionnelle, ni les humiliations amoureuses, ni même le moment où il était tombé gravement malade en se baignant dans une rivière de Sumatra polluée par les excréments de centaines de singes. Si les obstacles sur la voie de la bonté sont nombreux, avertissait-il, cela ne doit toutefois pas nous faire oublier que rien n’importe davantage que de rester généreux et aimant envers autrui.

[...]


GEORGE SAUNDERS
Dix décembre
Traduction d'Olivier Deparis
L'Olivier, 2015, 264 p. 


Ce texte est un extrait du texte publié dans le numéro 309 de Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.