Que conservent les conservateurs?
297 | automne 2012
Que conservent les conservateurs?

Les choses ont drôlement brassé au Québec ces derniers temps. Mais, pendant que le conflit étudiant, les allégations de corruption et la campagne électorale de cet été occupaient le devant de la scène, le gouvernement majoritaire conservateur de Stephen Harper n’en continuait pas moins sur sa lancée. Ses politiques, de même que sa façon tranquille et calculée au millimètre près de les mettre en place, ont beau être moins spectaculaires qu’une présence policière au sein d’une université – raison pour laquelle, sans doute, les médias peinent à en faire leurs choux gras –, leur capacité à façonner de manière concrète notre cadre de vie est bien réelle. Il nous apparaît souvent bien commode de prétendre qu’Ottawa est fort loin et qu’au final, ce n’est que la capitale d’un pays étranger. Ce qui s’y trame en ce moment est pourtant d’une tout autre nature. Il va sans dire que, si les conservateurs se contentaient de promouvoir Tim Hortons au rang des grandes réussites canadiennes tout en décrochant des Pellan pour les remplacer par de rutilants portraits de la Reine, il serait tout indiqué d’en rire. Ce n’est malheureusement pas le cas. De l’environnement à la culture et à la science, en passant par les services sociaux, la politique extérieure, l’immigration, le parlementarisme et tant d’autres questions, ce gouvernement s’acharne à démonter, bloc par bloc, non pas l’identité canadienne comme certains s’en inquiètent, non pas notre réputation à l’international comme s’en offusquent d’autres, mais bien l’idée même de société, de démocratie, si ce n’est de politique. C’est pourquoi, depuis le 3 mai 2011, jour de leur accession à la majorité parlementaire, les conservateurs nous exposent à un enjeu, si ce n’est à un danger, inédit. Ne pas le combattre serait pour ainsi dire criminel.