La dictature du rire
316 | Été 2017
Proust au cinématographe 2 : Son ennemi le soleil était enfin vaincu

Chapeau: 

Suite et fin de la non-aventure de Proust au cinéma

Mal assis, son plastron de chemise empesé qui devait bomber et lui irriter le cou, Marcel Proust avait donc en poche, ou sur les genoux, un exemplaire des Fleurs du mal que venait de lui remettre son ami de 19 ans, Marcel Plantevignes, et voilà que ce soir de septembre 1908 dans la salle du casino du Grand-Hôtel de Cabourg il put voir à l’écran de tissu tendu lors d’une séance de cinématographe Promenade dans la Venise du Nord, des vues, des habitants, des pierres de la vieille ville de Saint-Omer en Artois…

Pour le reste, étaient-ce, au programme de la soirée, quelques-unes de ce que l’on avait appelé « les vues Lumière » tournées par centaines à travers le monde, un vieux stock de bobines retrouvé dans un hangar ? Une Promenade des éléphants à Phnom Penh, un Défilé de l’artillerie turque, une Querelle de matelassières ou alors quelques-uns de ces sketchs de « Foottit et Chocolat » en voici en voilà ? Les opérateurs des Lumière filmèrent en 1899 au Nouveau Cirque de la rue Saint-Honoré un numéro de ce duo de clowns (un Anglais et un Cubain) qui avait pour titre Chaise en bascule (je le visionne sur le site du collège Édouard-Lucas d’Amiens) et où, en 41 secondes, Foottit et Chocolat font tout ce qu’il ne faut pas faire avec une chaise. Si l’élégant et inconfortable spectateur Proust a vu ce court métrage là, ce soir de septembre 1908 à Cabourg, m’est avis qu’il aura dû se sentir… concerné par le sujet, ce petit métrage muet serait… venu le chercher… comme disent les laconiques de notre époque, il aurait ri.

[...]


Extrait du texte publié dans Liberté n° 316. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.