La dictature du rire
316 | Été 2017
Prendre soin de son « espace arrière »

Chapeau: 

Et si artistes et spectateurs redécouvraient le monde autrement...

Au théâtre, c’est souvent en prenant conscience de ma déception face à des œuvres pourtant bien intentionnées mais qui ratent leur cible que j’accède à des réflexions captivantes. En ce sens, quitter le NoShow accablée fut l’une de mes expériences de spectatrice les plus marquantes des dernières années sur le plan politique. Créée en 2013 au Carrefour international de théâtre de Québec par le collectif Nous sommes ici et la compagnie DuBunker, la pièce interrogeait la valeur accordée au théâtre et à la culture en commençant par analyser le prix que chacun était prêt à payer pour assister au spectacle. Durant le NoShow, non seulement les créateurs reproduisaient à l’identique la structure fondée sur la compétitivité qu’ils dénonçaient afin de la manipuler à leur avantage, mais ils proclamaient la supériorité de leur art en célébrant une sorte de vertu inhérente au théâtre. Dénonçant des éléments certes sclérosés du milieu, le spectacle exaltait néanmoins des arguments friables.

Il n’est pas aisé de cerner le théâtre politique, de repérer ses incarnations réelles, de définir la nature de ses interventions. Il n’est pas simple de distinguer l’intention des créateurs de l’effet produit sur le public, ni d’appréhender la prise de conscience, le partage d’expérience et l’emprise sur le réel. La démonstration des problèmes peut-elle échapper à leur réaffirmation ? Comment accepter que l’art s’inscrive dans cette logique marchande omniprésente ? Faudrait-il admettre qu’inévitablement, une œuvre se soumette au marketing et se consomme ?

Il y a de quoi confondre autant les créateurs que le public et de quoi paralyser la pensée. Il y a peut-être aussi de quoi la nourrir et certainement de quoi discuter et débattre. Même si, souvent, l’enthousiasme presque délirant d’une part des salles et des critiques peut intimider et museler les discussions que plusieurs œuvres politiques, qu’elles soient justes ou boiteuses, méritent de générer. S’entendre sur le plan politique n’est ni simple, ni souhaitable, et il serait étrange, voire inquiétant, qu’un théâtre politisé fasse également l’unanimité. J’ai pourtant parfois l’impression que c’est le cas.

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 316. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.