Que conservent les conservateurs?
297 | automne 2012
Petite leçon d'émancipation intellectuelle

Chapeau: 

Il faut écrire pour ses contemporains, nous disait le vieux Sartre. Mais que faire quand les contemporains sont des stronzi ? Pierre Bergounioux, tout comme Annie Ernaux, explore l’intime pour révéler le social.

Au moment d’écrire ces lignes, la grève étudiante en est à son quatrième mois et son issue reste encore incertaine tant le gouvernement est têtu et fait la sourde oreille aux revendications (pourtant fort raisonnables) des étudiants. Non seulement l’accessibilité à l’éducation est-elle remise en cause dans ce conflit, mais aussi, plus largement, la place du savoir dans la société, a fortiori celle des humanités, savoir improductif parmi tous. Sans sombrer dans la paranoïa, il semble évident que les réformes défavorisent les enseignements qui ont comme intention de mettre en doute le pouvoir et les partages établis, en d’autres mots, ceux qui ont une visée critique. Ces savoirs improductifs ont en effet une double vocation : d’une part, acquisition des outils pour une connaissance objective du monde, d’autre part, objectivation du « soi » et des déterminismes sociaux qui l’infléchissent. Il est clair que ce n’est pas la « première priorité » de la ministre Courchesne que de financer (avec nos taxes !) de telles activités subversives.[...]

Sur:

Pierre Bergounioux
Carnet de notes - 2001-2010
Verdier, 2012, 1280 p.

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Annie Ernaux
Écrire la vie
Gallimard, 2011, 1084 p.