Politiques culturelles. L'héritage de Georges-Émile Lapalme
303 | Printemps 2014
Parce que c'était elle

Chapeau: 

Frances Ha, ou la beauté des maladresses.

À quoi tient-on, chez une meilleure amie ? Aux souvenirs de jeunesse communs ? À l’espoir de ce que l’avenir promet ? La meilleure amie est-elle ce trait d’union rêvé entre les différents âges de la vie ? Le dernier film de Noah Baumbach, Frances Ha, a quelque chose d’atemporel qui a à voir avec l’amitié privilégiée qu’on porte à ce double imaginé de soi-même, qui est la meilleure personne que l’on ait été et celle qu’on espère rester dans le temps. Tourné en noir et blanc, à la fois contemporain et vintage, le film est habité par de jeunes artistes de New York, une faune qui rappelle l’univers des « amies de filles » de Lena Dunham. Mais Frances Ha, co-scénarisé avec Greta Gerwig qui y joue le rôle principal, est moins à l’image des girlsqu’à l’image de Frances, son héroïne qui n’en est pas une : c’est un film qui ne s’installe pas.

Encensé par la critique, Frances Ha, comme celle qui lui donne son nom, est un film-drifter. Œuvre de sobriété esthétique et budgétaire, sa facture donne à l’image la précision et la délicatesse des humeurs que Baumbach cherche à montrer, des moments quasi imperceptibles de trouble, de malaise, signifiés par les mouvements des visages et des corps. À la manière de Greta Gerwig qui se déplace sans cesse, courant, sautant et dansant, se prenant les pieds de façon littérale ou figurée, le film avance dans ce qui ressemble à de l’approximation. Par l’intermédiaire d’une esthétique précise et contrôlée, Baumbach investit la maladresse, quelque chose qui rappelle les corps trop grands d’adolescents en manque de coordination. […]

À propos de : Noah Baumbach, Frances Ha, États-Unis, 2013, 86 min.