Ministère de la Formation
305 | Automne 2014
Notre éducation parasitée. Rencontre avec Jacques Tondreau.

Chapeau: 

Avec l'adoption de la loi sur l'administration publique, le système d'éducation a été contaminé par l'obsession statisticienne. Conséquence : on se préoccupe plus des chiffres que des élèves.

Qu’entend-on par l’approche comptable en éducation ?
JACQUES TONDREAU — C’est une expression, une image, en fait. Celle-ci permet d’évoquer un certain nombre de pratiques gestionnaires apparues en éducation depuis une dizaine d’années. Elles s’appuient essentiellement sur des indicateurs de résultats et des données statistiques permettant de jauger et d’évaluer la performance des écoles, mais aussi des élèves, puis, finalement, du personnel des établissements scolaires.

L’évaluation des performances n’a-t-elle pas toujours fait partie du système scolaire ?
     Bien sûr. Il y a toujours eu des moyens de vérifier si on allait dans la bonne direction grâce à des données et à des chiffres. La différence aujourd’hui, c’est la quantité effarante de données que l’on se doit de colliger, puis de déchiffrer. Les élèves sont ainsi plus évalués qu’auparavant, mais cela oriente surtout la façon de faire dans les commissions scolaires et les écoles. En effet, les commissions scolaires ont désormais des résultats à atteindre, ce qui est une chose. Mais elles doivent atteindre leurs objectifs, peu importe les moyens dont elles disposent.

Comment cela se traduit-il de façon concrète ?
     Les enseignants deviennent en quelque sorte des collecteurs de données destinées à nourrir un ensemble d’indicateurs. Le tout sera ensuite traité par du personnel-cadre dans des commissions scolaires afin de rendre des comptes au gouvernement. Le problème est qu’un tel processus coûte cher. Je me demande pour ma part s’il est pertinent d’y injecter autant d’argent alors qu’on manque de ressources pour les élèves dans les écoles.

[...]


Jacques Tondreau est sociologue de formation. Il est actif dans le domaine de l'éducation depuis vingt-deux ans. Il occupe un poste de conseiller à la Centrale des syndicats du Québec depuis 2001 et travaille sur les questions relatives aux réformes éducatives et à l'analyse des politiques éducatives tout en étant responsable des campagnes de défense et de promotion de l'éducation publique.


Ce texte est un extrait du texte publié dans le numéro 305 de la revue Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.