Politiques culturelles. L'héritage de Georges-Émile Lapalme
303 | Printemps 2014
Mission impossible

Je relis chaque fois Filles-commandos bandées de Josée Yvon comme je revois le générique de Mission impossible. Je parle de la vieille série, déjà culte quand j’étais poupounette, passant en re-re-reprises, qu’on ne m’interdisait pas vraiment d’écouter, mais de laquelle on détournait mon attention pour mieux me ramener au petit écran, plus tard, à l’heure – 16 h, je n’oublierai jamais – du Bobino fait sur mesure. L’interdit suscite la curiosité. Et le générique d’introduction de Mission impossible, sublimissime dans le genre par la musique de Lalo Schifrin, devenait, avec les belles gueules pur flegme de Steven Hill et de Barbara Bain en background et le sentiment d’une censure par-dessus, un appeau à Catherinette.

Changez le décor. Au lieu de bijoux disparus, d’uppercuts à la volée, de messages secrets et de voitures rapides, je vois, lisant Filles-commandos bandées, dans un même montage serré clamant l’urgence, l’univers trash de la rue Ontario : Ginette en chaleur, seringues souillées, travestis trop jeunes au gun vengeur, cash mal gagné à la sueur de sa plotte, bière chaude, shots et hits, désespoir médicamenté, masturbation heureuse, lesbiennes du dimanche, putes, drogués, damnés, dopées. Et par-dessus, brûlante de gauche à droite au fil des pages, une mèche d’explosif. Cette mèche : les mots corrosifs, nitroglycériens du poème. De l’amadou allumé qui appelle d’une seconde à l’autre l’inéluctable explosion, la finalité, et qui pourtant ni dans Filles-commandos bandées ni dans le générique de Mission impossible ne survient. […]

À propos de : Josée Yvon, Filles-commandos bandées, Les Herbes rouges, 1976, 40 p.