Habiter ou exploiter le monde?
311 | Printemps 2016
Miroir, miroir

Chapeau: 

Frances Farmer et Eva Ionesco, brisées par leur image.
Pour m’aider dans la petite recherche que je mène en vue de la rédaction de cette critique, Google me propose la lecture d’une recension, parue dans le magazine Elle France, du roman que Mathieu Larnaudie a consacré à l’actrice Frances Farmer et, plus largement, à ce moment où le cinéma américain se développe en industrie culturelle et aveugle de ses projecteurs le public qui l’engraisse. On y cite une libraire, Paris 17e : « C’est une très belle histoire de femme, à la personnalité atypique. Et en filigrane, une réflexion presque politique sur l’image. » On y est. 
 
Beaucoup de choses clochent dans ces deux petites phrases. D’abord l’adéquation entre la « belle histoire de femme » et le caractère atypique de son personnage. Parce que les femmes ordinaires, on aime moins. Mais un autre élément de cette phrase me chicote encore davantage que son sexisme latent ; c’est toute la charge précisément politique que contient cette description, et surtout ce « presque », cet adverbe euphémisant et bien-pensant qui cherche à éviter à tout prix le dissensus définitoire du mot-qu’il-ne-faut-surtout-pas-prononcer : POLITIQUE.
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Extrait du texte publié dans Liberté n° 311. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.