Michaël Trahan

Devoir de colère, devoir d'amour

305 | Automne 2014

Je n’ai rien apporté, que je sache, des qualités requises par la vie, je n’ai apporté que l’humaine et générale faiblesse. — Franz Kafka, 25 février 1918

Valère Novarina, écrivain marteau

306 |

 «La vie, voyez-vous Madame, c’est de la terre avec un homme dedans en matière parlante, et sans personne à l’intérieur.»
— Valère Novarina, L’acte inconnu

Lumière noire

308 | Été 2015

À la lumière d’Outrenuit, le cinquième livre de Benoit Jutras paru aux Herbes rouges, j’ai relu les quatre précédents. Quand une œuvre commence à prendre une certaine ampleur, j’aime revenir en arrière pour me rappeler d’où vient la voix qui la porte. Je raconte ceci pour dire combien j’ai été frappé par sa cohérence et sa rigueur. D’emblée, le projet était clair – car c’est bien la nuit que la phrase inaugurale de Nous serons sans voix posait en 2002 au seuil de l’œuvre: «Tu prononces le mot nuit.»

Ni fruit ni fleur

310 | Hiver 2016

Il y a dans les poèmes de Carole David une violence qui désarçonne. Je le savais, et c’est pourtant ce qui m’a frappé en entrant dans L’année de ma disparition. Le premier vers du livre: «Je viens de t’abattre à la sortie du motel.» Voilà qui donne le ton. La violence tombe d’emblée avec une clarté tranchante. J’en retiens d’abord qu’elle est adressée, ou dirigée: on n’abat pas n’importe qui, comme ça, en plein stationnement. On pense à une vengeance ou à un règlement de comptes. On pense au cinéma. Mais quelque chose cloche, car celui qui se fait abattre ne meurt pas.