Maxime Catellier

La langue de l'autre

297 | automne 2012

Divinité tutélaire aux mille visages, on l’appelle ici amour, là liberté, ailleurs science.

Nous avons marché dans la nuit de mai

298 | hiver 2013

Je ne me souviens plus pourquoi j’ai commencé à marcher dans la nuit de mai. De ma forêt centresudiste, j’entendais les sirènes et voyais passer l’hélicoptère, que ce soit celui de TVA ou celui de la SQ, polluant mon ciel, m’empêchant de dormir. La rumeur de la rue sucrait l’air avant que la police ne le gaze.

Les voix parallèles

298 | hiver 2013

« Bonjour, mon nom est Frank Martel. J’ai publié deux livres de poésie quand j’étais jeune, et depuis ce temps-là, j’essaie de m’en sortir. » Cette boutade du plus discret de nos bardes, lors de la conférence de presse du Festival Voix d’Amériques (fva), en 2007, m’avait laissé songeur, en plus de me faire rire aux éclats dans le silence gêné qui l’avait suivie. Martel nous rappelait à sa douce manière que la « vocation poétique » n’est pas une sinécure.

Il a marché sur la lune

299 | printemps 2013

Ce n’est pas un phénomène nouveau : du bout de sa lanterne, Diogène déclarait qu’il ne cherchait rien d’autre qu’un homme. Des siècles plus tard, Tristan Tzara répondra à la question cruciale du « pourquoi écrivez-vous? » par cette belle formule : « On écrit pour chercher des hommes. » Le plus grand poème américain du xxe siècle, « Howl » d’Allen Ginsberg, commence sur cette note fracassante : « I saw the best minds of my generation destroyed by madness. » On oublie souvent que la poésie est une affaire d’amitié, tout autant que de mots.

Légende Dorée

300 | Été 2013

Digressons. Nous voici à New York, la proverbiale Big Apple, au début des années trente. Harlem est alors cet ancien quartier bourgeois et blanc que la communauté afro-américaine chasse peu à peu au sud de Central Park. Au coin de Fifth Avenue et de 128th street, la maison des frères Collyer croule déjà sous les monstrueux amas de matière que ces ermites empilent jour après jour au fil de leurs pérégrinations. Au fond d’une salle anonyme, un piano pèse de tout son séant sur la fébrilité de la nuit naissante. Les géants sont rassemblés: James P.

Oh good grief!

301 | Automne 2013

Je vous préviens: ce n’est pas avec ce texte que je vais me faire des amis. C’est que l’idée derrière ma tête est de vous entretenir d’une fatalité qui afflige la poésie québécoise depuis trop longtemps. Plus j’y pense, plus cela est évident. Qui sont les pires ennemis, les plus mauvais conseillers de notre poésie? Qui lui donne si mauvaise presse? Qui la cantonne dans son indécrottable vacuité, dans son copinage crasse, dans sa médiocre mondanité? Qui donc a tant à cœur que la poésie soit dégriffée au point de ne plus vouloir rien dire?

Le puits d'amour

302 | Hiver 2014

On n’épuisera jamais le nom des lieux, pour la simple et bonne raison que ces lieux doivent souvent leur nom à l’usage, à l’usure qu’ils ont subie sous les assauts de la vie qui grouille. Près des Halles disparues de Paris, on trouve encore la rue de la Grande Truanderie, ancien refuge de tous les filous de l’aube, des pickpocketsaux longs manteaux qui, dans mon esprit, porteront toujours l’éternel visage angoissé de Martin LaSalle dans Le Pickpocket de Robert Bresson.

Les griffes du poète!

303 | Printemps 2014

Il viendra peut-être un temps où les poètes seront assez dangereux pour qu’on leur tire dessus. Pour l’instant, pas de doute, les plus dégriffés de la meute tiennent parole au micro de nos institutions vénérables, lançant leurs mots en l’air comme des fleurs séchées dans un pot-pourri. Ça embaume la pièce, ça fleure bon, c’est chic comme du pain sur la table. Des chiens savants parlent de Lautréamont comme si c’était du bonbon, on avale tout et on en redemande. C’est qu’elle se porte bien, la littérature, quand elle finit par se faire voir.

L’épaisseur des choses

304 | Été 2014

L’infatigable directeur du Festival international de poésie de Trois-Rivières, Gaston Bellemare, n’a pas fini de sonder l’épaisseur des choses. Dans un élan réformiste sans précédent, il a récemment changé les règles d’inscription au Grand Prix de son événement. Maintenant, le poète qui veut avoir accès à l’un des prix les plus dotés (15 000 $) au Québec doit avoir publié plus de cinq livres de poésie chez un éditeur reconnu.

Descendre en flammes

305 | Automne 2014

Je vous assure, Monsieur, que l’épicerie, en notre pays, est une profession bien plus intellectuelle et, surtout, bien plus propre que le journalisme.

- Jules Fournier

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