Mathieu Arsenault

Ruralité trash

295 | printemps 2012

Ils sont deux sur scène, Pierre Brouillette-Hamelin à la guitare, présence discrète, et Alexandre Dostie au micro, casquette de chasseur, moustache de garagiste, jeans déchirés, t-shirt de la série Jackass aux manches coupées. guitare et voix, rien d’autre. L’atmosphère s’installe petit à petit : riff hypnotique qui rappelle les Doors, et regard intense de Dostie, perdu vers le fond de la salle, concentré comme peu de poètes en sont capables.

Se taper la tête

296 | été 2012

J’ai mal à la tête rien que mal à la tête rien que mal aux yeux au point que je suis seulement capable de rester couché toute la journée avec peut-être un petit peu la télé ouverte avec genre des émissions de cuisine avec des chroniqueurs qui disent leur façon de penser avec des lignes ouvertes avec des tribuns qui crient et des animateurs qui humilient leurs interlocuteurs avec des opportunistes de droite qui remettent jour après jour après jour les syndicats et les fonctionnaires à leur place avec des indépendantistes déçus qui cherchent encore qui ils pourrait bien faire payer pour le de

Se souvenir des années soixante-dix

297 | automne 2012

Je me souviens des années soixante-dix. À mesure que le temps passe et que mes interlocuteurs rajeunissent, cette déclaration frappe, amuse et intrigue de plus en plus. De quoi est-ce que je me souviens ? Je me souviens bien sûr de Goldorak et des Tannants, des shorts Adidas, des minibars de sous-sol et du tapis brun à poil long, de tout ce que la culture populaire a essayé de préserver comme décor authentique de la décennie. Ce sont les souvenirs de tout le monde, même de ceux qui sont nés après.

L'épreuve de la scrap

298 | hiver 2013

J'ai eu l’immense honneur dernièrement d’être lecteur pour un concours prestigieux de poésie. Cette expérience m’a donné l’occasion de lire beaucoup de scrap. Je veux dire, les gens font leur possible, ils sont pleins d’espoir, d’une sincérité souvent émouvante, mais on ne peut pas tous être Hector d’Émile-Marie de Vigny-Villon Péguy Lapointe. J’ai donc pleuré beaucoup et cherché consciencieusement les textes qui produisaient quelque chose en moi.

Coelhopocalypse!

299 | printemps 2013

Je crois à la libre circulation des textes et de la culture en général. Je crois que l’intérêt public devrait avoir priorité sur l’intérêt des individus et que, pour cette raison, tout le monde devrait avoir accès aux œuvres. Ce principe est derrière la grande idée du domaine public, qui s’applique aux œuvres anciennes, rendues au patrimoine de l’humanité une fois passée une période de temps suivant la mort de leur créateur.[...]

Fourrer la mort

300 | Été 2013

Nous sommes le 24 mai 2012. Vickie m’écrit depuis Rouyn où elle travaille pour la semaine.

Le beurre et son argent

302 | Hiver 2014

L’argent du beurre. On nous disait mange toute ton assiette parce qu’il y a des gens qui meurent de faim c’est-tu niaiseux il n’ y a pas de rapport entre mon assiette et leur absence d’assiette et maintenant on nous dit qu’on jette trop de déchets et on nous montre des images de gens qui vivent dans des dépotoirs c’est-tu niaiseux il n’y a pas de rapport entre mes déchets et les dépotoirs indonésiens il n’y a pas de rapport entre les mendiants et les bas prix entre la violence et une piscine entre la guerre et une télé

Mille Plazas

302 | Hiver 2014

Ça, c’est moi à quatorze ans. Je suis au club vidéo et je passe une demi-heure à me demander quelle cassette je pourrais louer. Nous sommes vendredi soir, je n’ai pas beaucoup d’argent, il faut bien choisir.
Ça, c’est moi à trente-sept ans. Je débarque du futur. La DeLorean est juste là, dans le stationnement de la Plaza Arthur-Buies de Rimouski.
J’entre en trombe dans le club vidéo.
— Mathieu ! Je viens de l’avenir, de TON avenir !

Josée Yvon, ma contemporaine

303 | Printemps 2014

Il est étonnant de voir réapparaître avec une telle fulgurance une figure littéraire jusque-là pratiquement inconnue, parce que devenue, avec le temps, introuvable en librairie et en bibliothèque. T’es tout seul chez toi, tu demandes rien à personne et, soudainement, t’as tous ces gens qui te parlent de Josée Yvon comme si elle était la révélation de la rentrée. Je n’avais presque rien lu d’elle lorsqu’on m’a demandé il y a trois ans d’écrire coup sur coup un texte de fiction et un essai à son sujet.

Le cynisme accompli

303 | Printemps 2014

La commission Charbonneau, le scandale des sénateurs conservateurs d’Ottawa, la NSA américaine qui a illégalement espionné un milliard de personnes, Rob Ford, l’Italie de Silvio Berlusconi, la Russie de Poutine... Nous vivons une période politique particulièrement misérable. La politique n’a plus rien de lyrique. Quand l’espoir n’est pas bafoué par les dirigeants corrompus, il est matraqué dans les rues. Mais même les périodes lamentables ont ce petit quelque chose qui les rend singulières.

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