Martine Delvaux

Nuit # 2

297 | automne 2012

Prise 1 : Ex-centris, automne 2011, je quitte avant la fin. Misogynie latente : coït interrompu. Rencontre ratée. Prise 2 : dans mon lit, juin 2012, je regarde jusqu’à la fin. Nuit # 1 n’aura pas été un one-nightstand. Il aura fallu que je le prenne en deux temps pour finalement l’aimer en retard. J’ai dû partir et revenir, à l’image des jeux de portes vaudevillesques qui ponctuent ce film conçu comme un huis clos théâtral, jusqu’à l’avant-dernière scène où on voit les amants endormis, sur le toit, arrêtés dans le temps.[…]

Trente fois moi

298 | hiver 2013

Paule Baillargeon fait partie de cette génération de femmes qui font la guerre à l’oppression des femmes. On pourrait dire que ça n’a rien à voir avec moi. Et pourtant. […]  

Sur :

Paule Baillargeon
Trente tableaux
BETACAM, Canada / 2012, 81 min. 

 

Nous sommes tous des proxénètes

299 | printemps 2013

Dans son documentaire L’imposture (2010), la cinéaste militante Ève Lamont prend à bras le corps le sujet brûlant de la prostitution et la question controversée de son abolition. Si un féminisme prosexe défend que les femmes puissent choisir ce qu’elles font de leur corps (ce qui signifie aussi celui de le prostituer), le féminisme abolitionniste prône, au lieu de la criminalisation des filles, celle des proxénètes et des clients dans le but de faire disparaître ce qu’on se plaît à décrire comme le plus vieux métier du monde.

Qui sont les filles?

300 | Été 2013

Depuis avril 2012, l’une des téléséries à ne pas rater, c’est Girls, une création de Lena Dunham – jeune cinéaste approchée par hbo après le succès de son premier long-métrage, Tiny Furniture. Dunham écrit et réalise la série en plus de jouer dans Girls, comme c’était le cas pour son film.

Au nom d'une femme

301 | Automne 2013

Ça se passe en 1980, en Allemagne de l’Est. Une femme, Barbara, parce qu’elle a voulu passer à l’Ouest, est forcée par l’État à quitter Berlin pour une petite ville au bord de la mer. On comprend qu’elle a été emprisonnée. Ce déplacement subséquent est non seulement une punition, mais une forme de déportation. Barbara est médecin. Elle quitte le célèbre hôpital de la Charité pour pratiquer dans un hôpital de province, sous la surveillance de la Stasi, représentée par un policier, et de son chef de service, André.

Bartleby en espadrilles

302 | Hiver 2014

Présenté en première dans la section « Un certain regard » du Festival de Cannes de 2013, le film de Chloé Robichaud (son premier long-métrage après le film court Chef de meute), Sarah préfère la course, a connu une naissance fulgurante. Mais si le talent de sa jeune réalisatrice ainsi que celui de l’actrice tenant le rôle principal (et de la distribution en général) ont été reconnus par la presse, la réception est demeurée tiède. Comme si le film ne répondait pas aux attentes ou que, en quelque sorte, il ne se donnait pas assez.

Parce que c'était elle

303 | Printemps 2014

À quoi tient-on, chez une meilleure amie ? Aux souvenirs de jeunesse communs ? À l’espoir de ce que l’avenir promet ? La meilleure amie est-elle ce trait d’union rêvé entre les différents âges de la vie ? Le dernier film de Noah Baumbach, Frances Ha, a quelque chose d’atemporel qui a à voir avec l’amitié privilégiée qu’on porte à ce double imaginé de soi-même, qui est la meilleure personne que l’on ait été et celle qu’on espère rester dans le temps.

L’amour de front

304 | Été 2014

Deux ans avant la sortie de Stories We Tell, son film documentaire, Sarah Polley a écrit et réalisé le long-métrage de fiction Take This Waltz (2011).

Jouer à l'adulte

306 |

     En 1980, j’avais douze ans, et le film à voir, c’était la comédie romantique La boum, de Claude Pinoteau. En vedette, Sophie Marceau, treize ans, dans le rôle de Vic, qui arrive à Paris, doit s’adapter à l’adolescence et à son nouveau lycée, alors que ses parents traversent une crise. Le film est un succès fulgurant. Et moi, tapie au fond de ma banlieue outaouaise, je le visionne aussi. C’est La boum qu’évoque le dernier film de François Ozon, Jeune et jolie.

Commandements

307 | Printemps 2015

«Essayez de regarder. Essayez pour voir», écrit Charlotte Delbo dans Auschwitz et après, le récit écrit au retour de sa déportation par les nazis, comme si elle disait: essayez de regarder, pour voir si vous en êtes capables. Je vous enjoins de regarder même si vous n’en êtes pas capables, même si c’est impossible parce que ce sont des choses qui dépassent votre regard, des choses que vous pensez savoir mais que vous ne savez pas. Delbo témoigne de son expérience des camps de la mort. Elle montre, avec les mots, des scènes qu’elle a vécues et qui échappent au regard ordinaire.