Marie Parent

Pauvres restes du 11 septembre

298 | hiver 2013

« Bordel de merde, c’est un musulman ! » Le premier roman d’Amy Waldman, journaliste au New York Times, ne sera pas remarqué pour la subtilité de son amorce. Cette exclamation vient semer la pagaille au sein du jury chargé de désigner le vainqueur d’un concours anonyme d’architecture pour le mémorial des victimes du 11 septembre. Après quelques pages seulement, Un concours de circonstances exhibe déjà les pires plaies de l’Amérique contemporaine : islamophobie, patriotisme, extrémismes de tout acabit.

L'exclusivité de la souffrance

299 | printemps 2013

Se pourrait-il que tous les êtres abusés, violentés soient unis dans leur souffrance par une forme de fraternité naturelle ? C’est la prémisse que propose Wajdi Mouawad dans son deuxième roman, Anima, alors que son héros, Wahhch Debch, part à travers l’Amérique sur les traces du meurtrier de sa femme, un Mohawk qui, à la manière des termites, pratique des trous dans ses victimes pour les violer à mort.[…]

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La mémoire des lieux

300 | Été 2013

«Nos déménagements si fréquents, écrit Annie Proulx, résultaient en grande partie du désir obsessionnel de mon père d’échapper à ses origines canadiennes-françaises.» Curieusement, c’est au moment où l’écrivaine américaine décide enfin, à soixante-huit ans, de se fixer pour de bon que le sentiment d’arrachement à ses ancêtres, à leur langue et à leur culture, se fait le plus aigu.

Tous banlieusards

301 | Automne 2013

La banlieue est partout. En ville, à la campagne  et, évidemment, en banlieue. Peut-être n’est-il pas  délirant, en suivant cette pente, de se dire qu’elle se  trouve également en chacun de nous.

Parler la langue du DIX30

301 | Automne 2013

La première fois où j’ai mis les pieds dans un centre commercial par mes propres moyens, j’avais sept ans et je venais de me sauver de la maison. Mon amie et moi avons erré entre les boutiques jusqu’à la foire alimentaire où, entre deux plantes de plastique, une voisine nous a repérées et ramenées de force à nos parents. Ce n’était que le début d’une longue et riche relation avec le centre d’achats.

Pour rénover nos banlieues

301 | Automne 2013

Liberté : Comment définir la banlieue aujourd’hui ?

Carole Després : La première chose à préciser, c’est qu’on ne devrait pas parler de la banlieue au singulier. Il y a des banlieues : la Rive-Sud, la Rive-Nord, l’Est, l’Ouest, Montréal, Québec. Ce ne sont pas du tout les mêmes milieux, bien qu’il y ait des similarités sur le plan de leur développement.

La revanche du roman historique

301 | Automne 2013

Au moment où les gouvernements fédéral et provincial se préoccupent du contenu des cours d’histoire à l’école secondaire, des écrivains d’ici s’approprient sans complexes le passé pour mieux le tordre et en extraire tout le jus. On observe en effet depuis deux ou trois ans une recrudescence marquée de l’intérêt pour l’histoire dans la prose québécoise.

Fanon en Amérique

302 | Hiver 2014

En 1961, Sartre écrit que le « Tiers Monde se découvre et se parle par la voix de Frantz Fanon ». Un tiers-monde qui s’étend jusque dans les banlieues noires des États- Unis, où la voix du psychiatre et intellectuel martiniquais résonne aujourd’hui à travers celle de John Edgar Wideman. L’écrivain afro-américain, fasciné par Fanon depuis sa lecture des Damnés de la terre, écrit moins sur Fanon qu’à Fanon, autour de lui et de son projet révolutionnaire.

Les femmes robots n’ont pas d’âme

304 | Été 2014

Si la lecture d’Esprit d’hiver de Laura Kasischke m’a d’abord tant exaspérée, c’est que je suis fatiguée des personnages de folles. Vous me direz que l’écoute en rafale des épisodes de Homeland au cours des derniers mois n’aura fait qu’attiser mon impatience face à la multiplication de ces héroïnes qui craquent sous la pression, mais je ne suis pas la première à souligner le phénomène.

Nous, les perdants

305 | Automne 2014

     Quand, « il fait soudainement moins milles», nous nous replions dans nos quartiers, buvons jusqu’à oublier notre nom, attendons que l’hiver passe. Et il passera. La réalité n’est pas à la hauteur de nos espérances, mais nous n’abandonnons jamais. Quand les événements s’emballent, quand il devient clair que nous avons perdu le contrôle de notre existence, nous patientons. On survit à tout, aux petites comme aux grandes déceptions.

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