Habiter ou exploiter le monde?
311 | Printemps 2016
Lu de près

Chapeau: 

La bibliothèque envolée de Walter Benjamin.

En les numérotant, Walter Benjamin notait dans de petits cahiers noirs les titres des livres qu’il lisait en ajoutant parfois, d’une écriture minuscule, un court commentaire – d’un à trois mots – glissé entre parenthèses après le titre de l’ouvrage et le nom de l’auteur (ses éditeurs allemands ajoutèrent plus tard la ville où le livre avait été édité, l’année de sa parution, le lieu où Benjamin l’avait probablement lu au fil de ses voyages en France, en Italie, en Suisse, aux Pays-Bas). Cette liste a été retrouvée parmi ses affaires, laissées en hâte dans son appartement de la rue Dombasle, lorsqu’en 1940, avant l’arrivée de l’armée allemande à Paris, il avait dû déguerpir – après avoir été, grâce à des amis, libéré d’un camp près de Nevers, le camp de Vernuche, ouvert et géré par les autorités françaises (Christian Manso a raconté cela en 2006 à L’Harmattan dans Pyrénées 1940, ultime frontière) – et fuir vers Lourdes puis Marseille en espérant atteindre l’Espagne (quoique franquiste et à risque) pour passer au Portugal et s’embarquer vers les États-Unis en évitant l’arrestation – en tant que simple juif – par les hommes de la Gestapo ou des zélés de la Milice française. 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 311. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.