Repenser la souveraineté
310 | Hiver 2016
L'Europe contre la démocratie

Chapeau: 

La crise grecque a remis en évidence les tentations totalitaires des technocrates européens. Quelle marge de manœuvre reste-t-il aux États de l’Union ?

En 1975, alors que l’ébullition politique, l’optimisme collectif, les solidarités internationales et les utopies sociales caractérisent l’époque, l’intellectuel conservateur Samuel Huntington avouait, quant à lui, son inquiétude. Dans un rapport fameux de la Commission trilatérale (The Crisis of Democracy), il estimait que «l’opération efficace d’un système démocratique requiert en général un niveau d’apathie et de non-participation de la part de certains individus et groupes». Le meilleur moyen d’y parvenir, ou d’y revenir, était sans doute de les persuader que leur vote ne changerait rien; ou bien de leur dire que les dirigeants qu’ils ont élus renonceront presque sur-le-champ aux engagements qu’ils ont pris et justifieront ensuite leur revirement par l’état dégradé du pays, le poids de la dette, le besoin de conserver ou de rétablir la confiance des investisseurs; ou encore que le désir des nouveaux gouvernants de donner suite au mandat démocratique qu’ils ont reçu serait aussitôt combattu par les adversaires internationaux du pouvoir issu des urnes, qui organisent l’asphyxie financière des rebelles. Bien sûr, dans certains pays, l’armée confisque encore le pouvoir par un coup d’État militaire, mais il est dorénavant plus courant que la grande bourgeoisie conserve «démocratiquement» ses privilèges grâce au fait qu’elle tienne le nerf de la guerre. La souveraineté du peuple peut alors être détruite sans qu’il soit nécessaire de tirer un seul coup de feu.

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Extrait du texte publié dans le numéro 310 de Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.