Politiques culturelles. L'héritage de Georges-Émile Lapalme
303 | Printemps 2014
Les maisons et les enfants

Chapeau: 

Julie Bruck appréhende le monde par le détail.

Devant certaines scènes, le plus souvent quand on marche seule, mais aussi quand on rencontre une nouvelle personne ou que l’on interagit avec un petit enfant, des images nous apparaissent déjà comme des souvenirs. À la campagne, à l’automne, quand le paysage est à son plus jaune, on distingue à travers la frondaison la silhouette d’un bâtiment ou d’un animal. La lumière du soleil se pose sur une pierre ou une racine comme pour la désigner, alors on l’observe avec le sentiment qu’il s’agit peut-être d’un présage, mais on ne sait pas de quoi. Dans la ruelle, son fils, que l’on va reconduire chez la gardienne, demande le nom d’une fleur. Quand, à la fin de la journée, il pleure sans raison, on a l’impression qu’il comprend des choses qui nous échappent. Le monde a l’air étrangement organisé et on sent qu’il suffirait d’une très simple clef pour élucider son secret, comme on résout un problème mathématique. On le comprendrait complètement, ce qui le fait tenir ensemble, d’un seul regard, mais cette proximité accrue avec les êtres et les choses ne reste jamais qu’une intuition.

La singerie, plus récent recueil de la Montréalaise d’origine Julie Bruck – à la suite de The End of Travel (1999) et The Woman Downstairs (1993) –, récipiendaire du prix du Gouverneur général en 2012 et dont les éditions Triptyque nous offrent la traduction de William S. Messier, combine une multitude de moments tels que ceux-là et soulève des questions à la fois très profondes et très simples sur la vie et l’écriture. Certains moments sont-ils plus dignes que d’autres d’être racontés ? Quels détails leur donnent leur texture, leur couleur unique, cette prégnance en soi presque littéraire ? Qu’est-ce qui unit les humains ?[...]

À propos de : Julie Bruck, La singerie, traduit de l’anglais par William S. Messier, Triptyque, 2013, 77 p.