Habiter ou exploiter le monde?
311 | Printemps 2016
Les insolences de Jovette Bernier - Présentation

Poète, romancière, journaliste, animatrice de radio et scriptrice pour la télévision, Jovette Bernier (1900-1981) appartient, avec quelques autres à qui on l’associe toujours, Medjé Vézina, Éva Sénécal, Simone Routier, à cette génération d’écrivaines des années trente dont les œuvres se démarquent de celles de leurs contemporains par leur parti-pris féminin sinon féministe. Longtemps traitées avec condescendance par la critique et l’histoire littéraire, elles sont aujourd’hui redécouvertes et relues.

Si, de toutes « ces femmes à prénom », Jovette Bernier est la plus connue, c’est en grande partie à cause du titre délibérément provocant qu’elle choisit, en pleine connaissance de cause, pour son roman le plus connu, La chair décevante, publié en 1931. Au-delà de la psychologie amoureuse qui est son sujet de prédilection, alors que le roman de l’époque ne lui fait aucune place, au-delà de l’évocation du corps et de la sexualité, bien pudique à nos yeux de lecteurs contemporains mais totalement inacceptable pour les censeurs du temps, elle situe sa fiction, et ce n’est peut-être pas moins scandaleux, dans un milieu bourgeois, ouvert, cultivé, où les personnages vont au concert et en croisière, à mille lieues de l’idée qu’on se fait aujourd’hui de la littérature des années trente au Québec. Comme plusieurs autres écrivaines, Jovette Bernier est d’abord poète. Suivis, en 1932, par Les masques déchirés, ses recueils Roulades (1924), Comme l’oiseau (1926), Tout n’est pas dit (1929) lui ont valu, en 1929, la médaille du Lieutenant-gouverneur de la province ainsi que l’estime de poètes et de critiques réputés (de Louis Dantin à Alfred DesRochers). En 1945, elle publiera encore Mon deuil en rouge, réédité aux Herbes rouges en 2000, avec une préface de Louise Desjardins, «Qui a peur de Jovette Bernier?» Chroniqueuse pour L’Évènement, La Tribune, L’Illustration, elle sera aussi l’une des voix de la radio, qu’elle contribue à façonner par les émissions qu’elle anime, notamment Quelles nouvelles en ondes de 1939 à 1958. 

C’est cet itinéraire qu’évoque ici Micheline Cambron, à partir d’une caricature de LaPalme qui atteste, mieux que d’autres témoignages, la notoriété de Jovette Bernier en 1934. Ariane Gibeau s’interroge sur le véritable objet de scandale de La chair décevante et Adrien Rannaud fait revivre sa figure, à la fois frondeuse et mélancolique, dans son paysage natal de Saint-Fabien. 


Texte publié dans Liberté n° 311. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.