La dictature du rire
316 | Été 2017
Les fous du roi dans un monde de pions

Chapeau: 

Heurs et malheurs d'une figure méconnue

C’est parce qu’il doit rendre raison de ce qui est et de ce qu’il fait dans cette histoire au centre de laquelle il se trouve placé que le roi peut trouver devant lui ce fou qui est en fait garde-fou, parce qu’il empêche la raison de tourner sur elle-même comme une vis sans fin. 

Quand nous renonçons collectivement à penser les formes concrètes de notre vivre-ensemble, quand le ciel des idées (politiques, non religieuses) se vide, l’humour devient sans objet, ou perd en tout cas celui qui permettrait à certains de se réclamer du fou du roi. 

Si le fou du roi a été partie prenante de l’émergence de l’État moderne, l’industrie de l’humour s’inscrit aujourd’hui parfaitement dans la logique de reféodalisation du monde, où les rapports personnels de domination nourrissent chaque jour davantage une nouvelle forme de vassalité. 

Dans un de ses contes célèbres, Les Habits neufs de l’empereur,paru en 1837, Hans Christian Andersen raconte l’histoire d’un empereur qui, du genre à aimer se pavaner devant son miroir, se laisse berner par deux faux tisserands, auxquels il donne argent, soie et or pour se faire tailler des habits bien spéciaux. Tissés dans une étoffe extraordinaire, ces habits « avaient la merveilleuse propriété d’être invisibles pour quiconque n’était bon à rien dans son emploi ou encore était d’une bêtise inadmissible ». La belle affaire. Travaillant sur des métiers vides, taillant dans l’air et cousant dans le rien, l’œuvre des deux escrocs suscita l’admiration générale, chacun craignant de passer pour un sot ou un incapable s’il ne pouvait constater l’admirable éclat de ces précieux costumes.

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 316. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.