Politiques culturelles. L'héritage de Georges-Émile Lapalme
303 | Printemps 2014
Les conditions de la laïcité

Chapeau: 

La Charte jongle avec des idées radicales qui dépassent autant ses promoteurs que ses détracteurs.

Le récent débat autour de la Charte des valeurs ne volait pas très haut au Québec. On avait l’impression que ni les médias ni nos parlementaires ne disposaient d’un savoir suffisant pour saisir les enjeux propres à ce débat et les expliquer à leurs lecteurs ou à leurs constituants. C’est peut-être finalement l’ignorance pure et simple de l’histoire qui est en grande partie responsable du cafouillage auquel on a assisté. C’est donc un peu d’histoire qu’il s’agira de faire ici. 

L’idée qui nous servira de fil conducteur est la suivante : le citoyen est citoyen parce qu’il se rend nu sur la place publique pour débattre des lois. Cette nudité est bien entendu métaphorique. Elle signifie que le citoyen doit se défaire de tout habillement ou signe connotant des particularismes et relevant de ce fait de choix de vie (croyances, traditions, moeurs, etc.) tout à fait admissibles, mais dans la sphère privée seulement. C’est avec cette formule en main que je propose de faire trois arrêts dans l’histoire de l’Occident : miracle grec, droit romain, Révolution française.

Le dernier arrêt sera le plus important. Car, dans les réactions vives contre la Charte des valeurs québécoises, c’est encore et toujours cette Révolution, avec ses valeurs universalistes, qui ne passe pas. Les anti-chartes ont beau ne pas avoir 1789 à l’esprit, c’est sur cette question de l’universel que le bât blesse. J’examinerai cette Révolution à partir d’un seul mot : culture. [...]