Les régions à nos portes
295 | printemps 2012
Le voleur et le roi : troisième confession d’un cassé

1. 
J’ai longtemps volé dans ma vie. Ce qui me fait drôle quand j’y repense, c’est que ça n’avait pas grand-chose à voir avec ma situation financière. Je ne volais pas, comme on pourrait le croire, pour survivre, en tout cas pas au sens où on l’entend d’habitude. Ce n’était pas du Dickens ou encore du Zola, mon affaire. Je n’ai jamais volé de pain parce que je me mourais de faim. C’était plus niaiseux que ça. Ou peut-être plus complexe. La toute première chose que j’ai volée était un pauvre kiwi. J’avais dix-huit ans et je travaillais comme plongeur à la cafétéria du cégep de Rosemont. Ma première job. La première fois où je me démenais à faire quelque chose que je n’aurais jamais fait si on ne m’avait pas mal payé pour le faire. Ça me troublait. C’est sans doute pourquoi aujourd’hui encore, chaque fois que je veux écrire « salaire », je fais le même lapsus : j’écris « salire ». (...)
Note : les deux premières confessions sont parues dans les numéros 284 et 289 de la revue Liberté, en mai 2009 et en novembre 2010.