Marie-Claire Blais
312 | Été 2016
Le nouveau terrorisme de Victor-Lévy Beaulieu

Chapeau: 

En faisant l'éloge de Friedrich Nietzsche, l'écrivain de Trois-Pistoles signe sont testament littéraire.

Il y a longtemps que Victor-Lévy Beaulieu invente des formes pour exprimer l’importance qu’il accorde à la littérature. Chacun des auteurs auxquels il s’est arrêté mérite sa forme propre parce qu’ils ont tous, à leur manière, façonné l’homme qui leur rend hommage. Après ses écrits sur Ferron, Hugo, Kerouac, Voltaire et Tolstoï, après la monumentale lecture-fiction consacrée à Melville et l’essai-hilare sur Joyce, voilà que Beaulieu s’attaque à Nietzsche, ce géant qui, à la fin du XIXe, affirmait écrire pour les lecteurs du siècle à venir, c’est-à-dire pour nous.

Lecture-fiction : difficile de trouver une expression plus adéquate pour décrire ces textes, qui n’ont rien à faire de la distinction usuelle entre le monde des livres et la réalité. La lecture est une activité ininterrompue, et lorsque Beaulieu lève les yeux du livre pour contempler ce qui se trouve autour de lui, il poursuit sa lecture des auteurs qu’il admire en laissant leurs mots teinter ses perceptions. Le monde est au sens le plus strict une fiction, puisque « le réel n’est que l’image que nous nous faisons de lui ». Et puisque la lecture est une activité qui laisse des traces profondes dans notre existence, l’interprétation est la voie privilégiée par Beaulieu pour écrire son autobiographie. C’est pourquoi ses textes entretiennent le flou entre le factuel et la fabulation, entre sa vie et celle des écrivains qu’il fréquente; la lecture lui permet d’orchestrer la rencontre d’univers qui, le reste du temps, sont condamnés à la solitude. 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 312. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.