Laurence Côté-Fournier

L'art du détail comme planche de salut

297 | automne 2012

Au cœur du bazar qu’est le roman Mayonnaise, Éric Plamondon se promène entre deux destins, celui de l’écrivain Richard Brautigan, qui a mis fin à ses jours d’une balle dans la tête en 1984, et celui de Gabriel Rivages, quadragénaire se désolant en 2009 d’une vie qu’il estime ratée. Comme la citation de Camus mise en exergue l’indique, Mayonnaise se place d’entrée de jeu sous le signe du « seul problème philosophique sérieux », le suicide.

Les étalages de la culture

298 | hiver 2013

Deux mondes cohabitent dans la tête d’Antoine, narrateur des Variétés Delphi, et par moments le lien qui les unit apparaît aussi ténu que le fil d’Ariane évoqué par ce personnage à la psyché labyrinthique. Dans le premier, le plus mystérieux, de longues phrases torturées évoquent les conséquences de la « mort feinte » d’une petite fille à lulus, accident évité qui bouleverse Antoine au point de le pousser à quitter femme et enfant.

L’homme et l’œuvre

299 | printemps 2013

Comme des sentinelles est un récit sur le désir de ne pas se heurter au gris de la réalité et à ses propres ratages : les drogues, l’amour, la croyance en une puissance supérieure s’y affichent comme autant d’antidotes plus ou moins efficaces et mensongers au mal de vivre. On se créerait ainsi tous, d’une façon ou d’une autre, de petites fictions personnelles pour se donner une contenance et trouver du sens à un monde qui en a trop peu à offrir.

De l'empathie comme contrainte formelle

300 | Été 2013

Une réputation de difficulté entoure la suite romanesque Soifs, que Marie-Claire Blais développe depuis maintenant plus de quinze ans. Cette rumeur n’est pas infondée: les blocs de texte monolithiques, que ne viennent diviser ni paragraphes ni chapitres, intimident lorsqu’on feuillette les pages de ces livres, remplies à ras bord de mots et qui ne promettent au lecteur aucune respiration.

L'enrôlement désabusé

301 | Automne 2013

Pour explorer l’univers kaki de l’armée canadienne, Grégory Lemay a choisi une lorgnette dont l’étroitesse surprend d’abord. Le roman n’explore pas le rôle politique joué par les soldats, pas plus qu’il ne propose des observations sociologiques sur leur provenance ou leurs motivations. De l’armée, nous ne voyons que les entraînements idiots et répétitifs que subit la jeune recrue Grégory Lemay, seize ans, lors d’un été passé sur la base militaire de Valcartier.

Vingt-cinq nuances de beige

302 | Hiver 2014

On ne devient pas grand-chose dans les romans de François Blais, et on ne s’en porte pas plus mal. Assistés sociaux peu émus par les justes complaintes du contribuable, travailleurs satisfaits de passer d’une jobine médiocre à l’autre, intellos se faisant un devoir de sousemployer leurs capacités : personne ici ne cherche à remplir son compte en banque ou à être nommé par La Presse Personnalité de la semaine.

La mélancolie des foires d'armement

303 | Printemps 2014

Ma lecture d’Ormuz s’est déroulée en parallèle avec celle d’innombrables pages Wikipédia sur des villes dont je n’avais jamais entendu parler et que je n’aurais su localiser sur une carte du monde : Bandar Abbas, Qeshm, Hormoz, Doha, Manama… On dit que la puissance d’un lieu est perceptible à la force d’évocation de son nom, Wall Street se trouvant ainsi à être plus connu que plusieurs pays d’Afrique.

Refuser la grande aventure

304 | Été 2014

La retraite au coeur du premier recueil de nouvelles de Renaud Jean, loin de constituer un moment de ressourcement ou de réflexion, s’avère plutôt être une forme de fuite en mode mineur, la réponse hésitante d’êtres fragiles devant les exhortations généralisées à s’accomplir ou à assurer leur qualité de vie. L’auteur n’insiste pas sur l’odieux des attentes de la société de consommation, pas plus qu’il ne les caricature.

Enrayer la machine du langage

305 | Automne 2014

     Lire Journée des Dupes, c’est en partie avoir le sentiment de se plonger dans une retranscription d’échanges avec Cleverbot, la forme d’intelligence artificielle mise au point par Google et disponible en ligne pour interagir avec tout un chacun. Les énoncés que Charron cumule dans Journée des Dupes ressemblent en effet à des phrases générées par le programme de ce qu’on imaginerait être un ordinateur ultradéveloppé, à la conscience quasiment humaine.

L'esprit de famille

306 |

     L’accueil critique enthousiaste réservé à L’album multicolore est mérité : difficile de ne pas être bouleversé par ce portrait fragmenté d’une mère dont la fille fait le deuil. Les réflexions sur la mort et le legs qui traversent l’ouvrage parlent d’une angoisse universelle, celle de voir disparaître ceux qui nous ont donné la vie, leur monde perdu irrémédiablement avec eux et, avec ce monde, une part de notre identité.

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