Faire moins avec moins
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La vie et ses débris

Chapeau: 

Michael Delisle travaille davantage à l’édification d’une mythologie qu’à une autobiographie.

     La parution de Feu de mon père de Michael Delisle a suscité une certaine excitation dans le milieu littéraire québécois. La rumeur nous promettait un grand déballage. Il est vrai que ce genre de propositions représente une occasion pour les éditeurs et les critiques de rejoindre le grand public en lui soumettant une « histoire vraie », écrite dans une prose accessible. Quand un écrivain se met à parler de lui au « je » et à raconter son enfance troublée, on lui pardonne presque d’être devenu poète. Pourtant, l’intérêt du livre ne tient pas dans ce qu’il dévoile, ni dans le ton franc et direct qui caractérisait déjà l’oeuvre de Delisle. L’auteur ne s’est jamais caché de puiser dans son enfance et son histoire familiale pour alimenter ses fictions, que ce soit avec son Richard Daudelin du Désarroi du matelot (1998), modelé sur son père, ou Dée (2002), inspirée de sa mère. Ceux qui fréquentent son oeuvre retrouveront dans ce dernier titre un décor familier, Ville Jacques-Cartier, municipalité de la Rive-Sud de Montréal aujourd’hui avalée par Longueuil, et des personnages déjà rencontrés dans ses livres précédents. Le père, un mafieux sans envergure, la mère, une ex-lolita défraîchie, et, se tenant entre ses deux parents, un garçon sage et triste qui subit sans broncher leurs claques et leurs conflits.

     Cette fois, Delisle a choisi d’y figurer en tant que lui-même, sans pourtant embrasser le genre du témoignage, qu’il associe à une quête de rédemption. « Le véridique serait autrement relevé », concède-t-il, tout en refusant de miser sur l’authenticité de son récit pour susciter la pitié du lecteur.

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MICHAEL DELISLE
Le feu de mon père
Boréal, 2014, 128 p.


Ce texte est un extrait du texte publié dans le numéro 306 de la revue Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.