Tous banlieusards
301 | Automne 2013
La vie est pleine de choses redoutables

Chapeau: 

De l'art de manger les jeunes filles

En 1981, Issei Sagawa, jeune japonais en échange à Paris, assassine puis dévore sa collègue de classe, Renée Hartevelt, non sans avoir pris soin de documenter la scène en prenant des photographies. Nicole Caligaris étudiait avec eux et a échangé quelques lettres, que l’on peut lire à la fin du Paradis entre les jambes, avec le célèbre « Japonais cannibale ».

Partant de ce fait divers, Caligaris, l’une des auteures les plus injustement méconnues de la littérature française contemporaine, se livre à un « autoportrait intérieur ». Trente ans plus tard, relisant les lettres de Sagawa, cet événement lui apparaît toujours aussi incompréhensible et elle contemple cette bêtise qui a pu la pousser à écrire à un meurtrier en prison. Elle en « affronte l’opacité ». Le paradis entre les jambes évite toutefois habilement le sensationnalisme, cette mise en spectacle de l’horreur à laquelle Sagawa a lui-même participé, se livrant à de sordides plaisanteries gastronomiques à la télévision japonaise, préfigurant l’ère de la télé-réalité dans laquelle nous pataugeons toujours.

À propos de : 
Nicole Caligaris, Le paradis entre les jambes, Verticales, 2013, 172p.