Marie-Claire Blais
312 | Été 2016
La tonalité fantaisiste

Chapeau: 

Le retour heureux des dragons, des ninjas et des mammouths en poésie.

Un des recueils de poésie les plus importants parus en 2015 est peut-être celui de Baron Marc-André Lévesque, Chasse aux licornes, publié à l’Écrou. Peu de gens (mais il y en a, fort heureusement!) se sont rendu compte de son importance, principalement parce qu’il ne ressemble à rien de ce qui s’est fait en poésie depuis des années. Ce recueil n’a rien de grave et de solennel, rien de profond, rien d’intemporel. Au premier regard, on constate plutôt une sorte de fatras analogue à une chambre d’enfant en désordre. Et c’est précisément pour cette raison que ce recueil est le plus important : il inaugure en poésie québécoise une tonalité qui m’apparaît entièrement nouvelle, la tonalité fantaisiste. Des dizaines de maisons d’édition publient chaque année des centaines de recueils, mais aucun jusqu’ici n’avait exploré la tonalité fantaisiste, qui est inouïe en poésie québécoise et qui appartient surtout à notre époque. On la retrouve partout, non seulement ici, mais également en poésie américaine (celle de Steve Roggenbuck que m’a fait découvrir Daphné B.) et en arts visuels. Mais elle est présente dans la culture populaire, dans les memes, dans les dessins animés (Adventure Time par Pendleton Ward en est un exemple convaincant), en bande dessinée (on pourrait nommer Ant Colony de Michael DeForge), dans les jeux vidéo (Battle Cats, dont je me demande si je n’en serais pas pathologiquement dépendant) et en humour (Charles Beauchesne en est peut-être le meilleur représentant). 

Mais en quoi consiste la tonalité fantaisiste? Le recueil de Baron Marc-André Lévesque permet de la définir : il s’agit de l’apparition surprenante et constante de personnages tirés d’une sorte de répertoire de la culture enfantine. [...]


Extrait du texte publié dans Liberté n° 312. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.