Rétro, les classes sociales?
302 | Hiver 2014
La révolte des riches

Chapeau: 

Mais qui fait la lutte des classes?

En novembre 2006, le multimilliardaire américain Warren Buffet se confie à un journaliste du New York Times. Questionné sur les déséquilibres troublants de la fiscalité américaine, l’emblématique self-made-manadmet candidement ne verser à l’État, toute proportion gardée, qu’une fraction de l’impôt payé par la plupart de ses secrétaires. Étonné, le journaliste Ben Stein lui répond que si de tels propos étaient tenus par un politicien, il serait aussitôt accusé de vouloir réanimer la lutte des classes. Le milliardaire s’exclame, du tac au tac : « There’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war. And we’re winning. » On ne pouvait être plus clair.

Alors que les syndicats et les partis politiques progressistes ont depuis longtemps épuré leur discours de telles références marxisantes, la déclaration a de quoi surprendre. Elle mérite qu’on s’y attarde. L’homme d’affaires – qui, en termes de fortune personnelle à l’échelle planétaire, vient actuellement au troisième rang ; selon le palmarès dressé par le magazine Forbes – ne fait pas ici qu’admettre l’existence de la lutte des classes ; il affirme surtout faire partie de la classe qui mène et gagne la guerre. Manifestement, le milliardaire a tout à fait conscience des intérêts de l’overclass à laquelle il appartient et il sait quel programme politique ces intérêts commandent : attaquer les politiques fiscales progressives et, par extension, tout ce qu’elles permettent de financer [...].