Le droit sans la justice
317 | Automne 2017
La menteuse, le témoin et la preuve

Chapeau: 

La justice pour qui?

Peu de temps après ma rupture, une nuit où mon angoisse m’interdisait le sommeil, j’ai appelé SOS violence conjugale. J’avais besoin de savoir. Si c’était ça. Si ce que j’avais vécu était vraiment de la violence conjugale, parce que, même si mon ex m’avait frappée, la détresse psychologique dans laquelle je me trouvais m’embrouillait l’esprit. Je me sentais coupable. Est-ce que c’est vraiment de la violence conjugale, quand on pousse quelqu’un à nous blesser ?

 

« Vous n’êtes en rien responsable de ce que vous avez vécu. »

 

Il a fallu qu’on me le répète. Que mes amis me le disent, que ma psychologue me le dise, que les intervenants du centre pour femmes me le disent. Il a fallu qu’on m’explique que le sentiment de culpabilité que je ressentais était partie prenante du cycle de la violence conjugale, et quand je l’ai finalement compris, j’ai voulu que mon ex le comprenne aussi. Alors j’ai porté plainte contre lui.

 

 

C’est à ce moment-là que mon histoire a cessé de m’appartenir. À partir du moment où le processus judiciaire a été entamé, je n’ai plus été une victime mais un outil, un témoin, une preuve, et mon vécu était désormais un témoignage dans un dossier pour un procès qui n’était pas le mien mais celui de la Reine contre mon ex. On ne cherchait pas à me rendre justice, c’est à la Justice qu’on me rendait.


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Extrait du texte publié dans Liberté n° 317. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.