Politiques culturelles. L'héritage de Georges-Émile Lapalme
303 | Printemps 2014
La mélancolie des foires d'armement

Chapeau: 

Promenade sinueuse en zone de tension dans le canal d’Ormuz.

Ma lecture d’Ormuz s’est déroulée en parallèle avec celle d’innombrables pages Wikipédia sur des villes dont je n’avais jamais entendu parler et que je n’aurais su localiser sur une carte du monde : Bandar Abbas, Qeshm, Hormoz, Doha, Manama… On dit que la puissance d’un lieu est perceptible à la force d’évocation de son nom, Wall Street se trouvant ainsi à être plus connu que plusieurs pays d’Afrique. En dépit de mon savoir réduit sur les villes du détroit d’Ormuz, sans doute équivalent à celui de la moyenne des gens, cet endroit est une zone de première importance dans l’économie mondiale. Cette ignorance généralisée révèle certainement quelque chose de notre conception floue du commerce international et des enjeux liés au transport des ressources et des marchandises, qui aboutissent ici sans que nous ne comprenions tout à fait leur trajectoire et ses conséquences politiques. Reliant le golfe Persique et la mer d’Arabie, le détroit d’Ormuz constitue un lieu de passage incontournable pour le transport du pétrole et du gaz. Les tensions qui y règnent en font aussi une région perpétuellement au bord de la guerre. Si celle-ci n’éclate jamais, la menace subsiste à cause de la présence continue dans ses eaux de navires de guerre américains et de petites embarcations utilisées par les Gardiens de la révolution iraniens pour lancer des attaques sournoises contre leurs innombrables ennemis. [...]

À propos de : Jean Rolin, Ormuz, P.O.L., 2013, 217 p.