La littérature au temps des assemblées générales

Chapeau: 

Le texte littéraire, comme le féminisme, est un empêcheur de tourner en rond.

Je ne saurais retracer le moment exact où mon engouement pour les milieux anticapitalistes a commencé à s’estomper, mais ça devait être au cours du printemps 2012. Les assemblées, les ateliers et les tables rondes se multipliaient alors à un rythme effarant, et la densité des rencontres contribuait à mettre en lumière les motifs répétitifs, à éclairer les travers et les limites de ces différents espaces de militance. Je me rappelle une soirée de discussion où un jeune homme, à peine plus vieux que moi, a pris la parole assez longuement pour nous entretenir de l’état d’urgence et de la convergence des luttes, puis s’est mis, à un certain point, à citer Thoreau sur la désobéissance civile. Ses phrases étaient ponctuées de « il faut », de « il est impératif de ». Ses idées demeuraient souvent abstraites, mais son ton de voix était assuré. Je me rappelle avoir été assez convaincue, somme toute d’accord avec ses propos, mais n’avoir eu rien à ajouter, aucune envie de renchérir ni d’échanger avec lui ou avec le reste des personnes présentes – une majorité d’hommes. Cet épisode, je m’en souviens – mais je le confonds peut-être avec un autre; les termes qu’il prononçait, ses intonations, ses expressions, j’avais l’impression de les avoir entendus mille fois. 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 314. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.