Faire moins avec moins
306 |
La guerre dans la guerre

Chapeau: 

Que peut l’art contre sa récupération par les discours dominants ?

Annonçant la réduction drastique du budget de tel service public, un ministre libéral, au printemps dernier, enjoignait aux fonctionnaires visés par la restriction de « faire preuve de créativité ».

La bonne idée !

Je ne m’attarderai pas à démontrer ce que la supposée urgence de lutter contre un déficit réifié a de fallacieux sur le terrain politique. Qu’est-ce qui coûte trop cher au contribuable ? Les bibliothèques scolaires ou les primes somptuaires que les médecins-ministres s’accordent à eux-mêmes pour cumuler les fonctions ? En matière de responsabilité budgétaire, le déficit – comme l’enfer –, c’est toujours les autres. En revanche, je voudrais réfléchir à la guerre sémantique que les libéraux mènent au sein de cette guerre politique. La guerre dans la guerre.

Ce qu’on appelle austérité n’est pas un régime politique. Le terme ne décrit pas un nouveau type de « gouvernance ». L’austérité n’est inédite qu’en tant qu’elle est le dernier avatar en date du discours dont les troupes libérales habillent la guerre idéologique qu’ils mènent depuis plus de trois décennies contre le service public et, plus globalement, tout ce qui ne génère pas ce qu’ils appellent des « retombées économiques directes ». Dans l’optique de cette lutte pour le pouvoir de nommer ce qui se passe, il importe aux généraux néolibéraux d’occuper toujours plus de terrain. Pour ce faire, ils n’hésitent pas à rallier à leur arsenal discursif certains « éléments de langage » que l’on peut être surpris de voir réquisitionnés de la sorte. Il en va ainsi de la « créativité », insidieusement mobilisée pour annoncer à certains agents de l’État qu’ils risquent de perdre leur emploi. 

[...]


Ce texte est un extrait du texte publié dans le numéro 306 de la revue Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.