Julien Lefort-Favreau

Chers consommateurs culturels...

297 | automne 2012

Nul besoin d’être médium pour constater un effritement de la parole critique dans les journaux, à la radio, à la télévision. Si, comme par le passé, nous nous en désolons toujours, nous en sommes pourtant arrivés à la conclusion qu’il était temps de passer à l’action et de faire notre bout de chemin pour réinstaller un dialogue entre les oeuvres d’art et le public.[...]

Petite leçon d'émancipation intellectuelle

297 | automne 2012

Au moment d’écrire ces lignes, la grève étudiante en est à son quatrième mois et son issue reste encore incertaine tant le gouvernement est têtu et fait la sourde oreille aux revendications (pourtant fort raisonnables) des étudiants. Non seulement l’accessibilité à l’éducation est-elle remise en cause dans ce conflit, mais aussi, plus largement, la place du savoir dans la société, a fortiori celle des humanités, savoir improductif parmi tous.

Chiac, langue première, langue littéraire

298 | hiver 2013

J’ai souvenir de Reine Malo, jadis reine de nos écrans, lors d’une de ses célèbres chroniques « lecture », mettant en garde les lecteurs potentiels d’une saga historique quelconque : « Ce n’est pas le livre idéal à apporter en vacances, il est un peu pésant. » Un homme averti en vaut deux. Le même avertissement – sage – pourrait s’appliquer à Pour sûr, dernier opus de l’auteure acadienne France Daigle, connue pour ses romans Pas pire (1998) et Petites difficultés d’existence (2002).

Bibelot d'inanité

299 | printemps 2013

Coma de Pierre Guyotat est un texte du retour : retour à l’enfance et retour à la langue normative. Après des années d’expérimentations formelles, Guyotat signe un assemblage baroque de souvenirs d’enfance et d’épisodes tirés des années 1976 à 1982, période de dépression où il tente de « transformer » sa langue. L’anarchie apparente des pensées, fragmentaires et désordonnées, n’en altère jamais la force narrative. Ainsi, Patrice Chéreau prend en charge ce qui pourrait être une longue didascalie, un souffle épique composé essentiellement d’actions.[…]

Du cul et des lettres pour tous

300 | Été 2013

[...] Si elle veut remporter son pari mélancolique, la littérature doit trouver des formes qui correspondent aux révoltes contemporaines. «On sait bien comment sonne la Révolution, parce que l’on connaît sa langue: c’est celle du xviiie. Comment une prose classique française fait-elle entendre le son du canon de 2009?» Chercher des formes: c’est essentiellement ce que fait Quintane. Sa langue déconstruite, une langue du choc et de la brusquerie, remplie de syllogismes et de «problèmes de ponctuation», est une manière d’être en phase avec son époque.

La vie est pleine de choses redoutables

301 | Automne 2013

En 1981, Issei Sagawa, jeune japonais en échange à Paris, assassine puis dévore sa collègue de classe, Renée Hartevelt, non sans avoir pris soin de documenter la scène en prenant des photographies. Nicole Caligaris étudiait avec eux et a échangé quelques lettres, que l’on peut lire à la fin du Paradis entre les jambes, avec le célèbre « Japonais cannibale ».

Anne Hébert hors les murs

301 | Automne 2013

L’idée est née d’une blague cabotine : et si nous tentions de mesurer la distance qui nous sépare des oeuvres du passé, tel un automobiliste prudent qui vérifie ses angles morts ? Peut-être y apprendrions-nous que les objets dans le rétroviseur sont plus près qu’ils ne le semblent.

Vieille modernité

302 | Hiver 2014

Au rayon des curiosités littéraires, Bastard Battle de Céline Minard occupe une place de choix. Ce texte, d’abord paru en 2008, gagnant du prix Wepler- La Poste (sur lequel siège un facteur et un prisonnier !), refait maintenant surface aux éditions Tristram. Se basant sur des faits réels, Minard raconte la prise d’assaut de Chaumont en 1437, à la fin de la guerre de Cent Ans.

Hubert Aquin aux temps des révolutions

302 | Hiver 2014

Lire ou relire Hubert Aquin, c’est avancer sur un terrain miné ; la métaphore belliqueuse ne lui aurait d’ailleurs pas déplu. À gauche du champ : la mythification qui accompagne le grand écrivain, l’arbre biographique cachant la forêt de la littérature. Hubert Aquin n’est certainement pas le premier à qui une telle chose est arrivée, mais dans un territoire aussi exigu que le Bas-Canada, l’effet d’aveuglement n’en est qu’amplifié. D’autant plus quand, comme lui, on a fait de son suicide un spectacle.

La vérité de soi

303 | Printemps 2014

La vie littéraire vient parfois interférer dans l’appréciation des oeuvres. Il faut bien apprendre l’existence des nouveaux livres quelque part, et, sans fantasmer une rencontre idyllique entre un livre et son lecteur, constatons que l’activité médiatique autour de certains ouvrages provoque un niveau d’attente quelque peu anxiogène.

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