Politiques culturelles. L'héritage de Georges-Émile Lapalme
303 | Printemps 2014
Josée Yvon, ma contemporaine

Il est étonnant de voir réapparaître avec une telle fulgurance une figure littéraire jusque-là pratiquement inconnue, parce que devenue, avec le temps, introuvable en librairie et en bibliothèque. T’es tout seul chez toi, tu demandes rien à personne et, soudainement, t’as tous ces gens qui te parlent de Josée Yvon comme si elle était la révélation de la rentrée. Je n’avais presque rien lu d’elle lorsqu’on m’a demandé il y a trois ans d’écrire coup sur coup un texte de fiction et un essai à son sujet. Filles-commandos bandées, dont j’avais fait une photocopie, a de la gueule, mais j’avais toujours préféré Lesbiennes d’acidde Vanier. Et je ne m’étais jamais intéressé à ce qui était venu après, présupposant que Yvon avait pris le même virage atténué, plus « poétique », que les recueils de Vanier ont emprunté à partir des années quatre-vingt.

Yvon n’a jamais lâché, pourtant. Partie du même terreau contre-culturel que Vanier, elle a poussé son éthique de la marginalité jusqu’à l’insoutenable sans jamais laisser s’atténuer l’exigence qu’elle s’était donnée. À la fin, l’oeuvre de Yvon demeure plus cohérente, plus impitoyable que celle de Vanier. Et même si on l’associait spontanément à l’underground des années soixante-dix, la pugnacité de Josée Yvon en a fait une auteure des années quatre-vingt, une poète que le féminisme radical a sauvée du naufrage qui a emporté la contre-culture à la fin des années soixante-dix. Ses textes pour cela ont des odeurs de punk, de squat, de queer. […]