Guillaume Roussel-Garneau

La morale scandaleuse

308 | Été 2015

Par convention, le film dont le récit repose sur une intrigue criminelle nous conduit vers un jugement final qui n’ébranle en rien les valeurs établies d’une société: est-ce un tel ou un autre qui a tué? Le personnage est-il fautif ou a-t-il agi en conformité avec la Loi? Le plus souvent, on voudra démontrer l’innocence d’un héros ou on montrera le coupable jugé, puni, châtié. Étiqueté méchant. Les questions morales, mais surtout leurs réponses doivent être explicites: tranchées et immédiatement intelligibles.

La possibilité d'une parole

309 | Automne 2015

En anglais, un emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle se dit life without possibility of parole – traduite littéralement, l’expression devient une vie sans possibilité de parole. La justice décide que jamais elle ne reconnaîtra l’authenticité de la parole de l’accusé. Jamais sa parole ne pourra le racheter, mener à son pardon et lui redonner la liberté. C’est cette peine que purge Spoon Jackson, Afro-américain enfermé pour un meurtre commis alors qu’il était adolescent.

Massacrer sa famille

311 | Printemps 2016

S’appuyer sur le principe de distanciation pour amener son public à porter un œil critique sur ce qu’il voit, c’est ce qu’évite stratégiquement Sinister 2. En effet, le film joue à énoncer la psychose dans le film, mais aussi, par la mise en abyme, celle du film, sans perturber la logique de séduction hollywoodienne. Il témoigne ainsi pleinement de l’intelligence perverse d’une mouvance du cinéma commercial américain, plus radicale que jamais dans sa promotion de la liberté. Et fait du film d’horreur non plus un exutoire, mais une contribution à notre mal-être.

[...]

La menace masala

312 | Été 2016

La télévision est accrochée au plafond dans un coin de La Belle Province où je mange deux hot-dogs garnis. Mes yeux fixent l’écran. Le policier est mort, il va au paradis : une salle blanche, immense et vide. Il n’est pas reçu par Dieu le Père mais par le sosie d’une pornstar, sa supérieure hiérarchique. Celle-ci lui donne le choix : soit une mission terrestre qui contribuera à sauver l’humanité du chaos dans lequel elle est embourbée, soit une patrouille routinière en banlieue.

Une contre-mystification

313 | Automne 2016

20 mars 2003. La date n’est pas gravée dans nos mémoires. C’est le jour où les États-Unis ont lancé l’opération Liberté contre l’Irak. On se souvient qu’à l’époque la presse qualifiait de réelles une série de tromperies. Quand Colin Powell agitait un tube d’anthrax devant l’ONU, il apportait la preuve que le régime de Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive. Sur place, les embedded journalists traitaient avec objectivité des sujets que l’armée américaine choisissait pour eux.

De la bourgeoisie à l’aristocratie

315 | printemps 2017

Après s’être centré sur la bourgeoisie artistique et intellectuelle de Manhattan, le cinéma de Woody Allen présente depuis une dizaine d’années des personnages habitant un monde de plus en plus luxueux, affichant une ostentation radicale, affectionnant bijouterie, soupers gastronomiques et collections de voitures, habitant non plus des lofts de Soho et de Greenwich Village mais des manoirs et des villas dispersés de par le monde.