La dictature du rire
316 | Été 2017
Everybody Knows

Chapeau: 

L’image et l’ellipse contre l’anxiété

Il y a quelques mois à peine, il y avait ces Européens qui écrivaient sur les réseaux sociaux que tout était terrible, que tout était terminé, qu’il n’y avait pas d’espoir. Et nous, nous ne comprenions rien. Il faisait beau, nous allions dans les soirées de lecture, discutions du retour de l’intimisme en poésie, de véganisme, d’identités non binaires. Nous ne pouvions pas comprendre leur abattement, leur épuisement. Nous nous disions que la neige, le froid et 4000 km d’océan constituaient un frein rassurant à ces millions de réfugiés, rasssurant parce qu’il n’était par humain, qu’il n’était ni moral, ni politique, ni culturel; l’océan et le froid nous protégeaient peut-être moins finalement d’eux que de ceux d’ici que les étrangers effraient, de cette xénophobie atavique et malsaine que l’identité québécoise porte malheureusement en elle. Puis un soir, des millions d’Américains ont rêvé qu’ils avaient la peau orange et des mains de poupée. Et l’hiver est arrivé subitement et nous n’avons plus été sûrs de rien. Et j’ai eu cette chanson dans la tête pendant des mois.

Everybody knows that the dice are loaded

Everybody rolls with their fingers crossed

Everybody knows the war is over

Everybody knows the good guys lost

Everybody knows the fight was fixed

The poor stay poor, the rich get rich

That’s how it goes

Everybody knows


Puis un homme sain d’esprit est entré dans une mosquée et a tué six innocents.

[...]


Extrait du texte publié dans Liberté n° 316. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.