Faire moins avec moins
306 |
Écouter les ombres

     Ce qu’il me restait d’un lointain Bonheur d’occasion avant d’y replonger : une tension entre classes sociales, une atmosphère de misère et de mélancolie. Quelque chose de familier par sa proximité géographique et d’inconnu par son éloignement dans le temps : le quartier Saint-Henri des années quarante. Une langue assez classique, sûre d’elle, évocatrice, y allant d’un certain lyrisme tout en pointant l’essentiel.

     J’avais oublié beaucoup de choses, parmi lesquelles l’odeur de mélasse du faubourg, l’expression « mon steady », l’omniprésence de l’argent, l’art de décrire une tempête de neige, une certaine dureté dans l’expression de la volonté. J’avais oublié avec quelle acuité s’y présente ce besoin de recommencement que nous connaissons chez nous, et qui prend la forme d’un déménagement perpétuel, avec la conviction que le « nouveau » fera advenir le « mieux ». Surtout, m’avait échappé la quête d’un sens collectif partant de l’expression de misères individuelles.

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GABRIELLE ROY
Bonheur d’occasion
Boréal, 2009 [1945], 466 p.


Ce texte est un extrait du texte publié dans le numéro 306 de la revue Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.