Prendre la littérature au sérieux
314 |
Disparitions

Chapeau: 

Ce que le jour dérobe à la nuit.

J’irai cracher dans vos urnes
-anonyme, XXIe siècle

Il y a eu, d’abord, la disparition du géranium bleu que j’entretenais depuis une dizaine d’années au cimetière Mont-Royal sur la tombe d’un inconnu. Puis, il y a eu la disparition de la bougainvillée de la rue Lajoie. Quelques jours plus tard, un dimanche matin splendide, je monte vers le sommet Fraser du cimetière Mont-Royal quand mon regard est attiré par un mouvement inusité dans un massif de grandes fougères. Mon cœur s’arrête de battre. Je crois que je vais enfin revoir le renard roux avec lequel j’ai déjà eu une « prise de contact » émouvante sur l’autre flanc de la montagne un soir d’été. Mais c’est une tête blonde qui émerge du massif, puis une deuxième. La jeune femme et la femme d’âge mûr bondissent entre les arbres. Elles transportent de gros bouquets de fougères avec toutes leurs racines et les enfournent dans le coffre arrière d’une Toyota beige. Elles démarrent en trombe et filent vers la sortie. J’ai pu noter le numéro de la plaque dans mon petit carnet. Qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse? Je suis contre la vengeance délatrice: j’ai jeté le numéro dans le premier trou d’homme venu.

[...]


Extrait du texte publié dans Liberté n° 314. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.