Séduits par la droite
313 | Automne 2016
Des passions tristes

Chapeau: 

À quoi carbure la droite dans la vallée du Saint-Laurent ?

L’impression est d’abord vague, c’est un certain malaise ressenti en entendant tel ou tel propos, une réserve face à une proposition, une tension négative qui affleure ici et là. Puis on se demande : qu’y a-t-il dans l’air pour que les conversations soient devenues si franchement agressives, que les ennemis soient si clairement identifiés, les rires aussi gras et les solutions si tranchées ? Où va ce train bondé d’humoristes et de concepteurs qui manient gaillardement la stigmatisation et le sarcasme; de chroniqueurs qui accusent et pointent du doigt à la ronde; de politiciens armés d’une dramaturgie de la catastrophe et d’un couperet ? On commence alors, hésitant, à mettre les pièces ensemble, à lier les niveaux de réalité, à identifier des redondances, des lignes de dissémination, et voilà que, mécanisme propre à l’horreur, le familier révèle soudain un visage menaçant : on se lève un matin pour se rendre compte que l’on vit dans une culture de droite, qui carbure à la croyance immémoriale, aussi invérifiable qu’indestructible, selon laquelle la violence est quelque chose de nécessaire. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, il faut souffrir pour être belle, la hiérarchie est indispensable, la loi implique la coercition, la liberté d’expression inclut la déshumanisation, il faut y exercer une violence de son cru pour rendre le monde meilleur. Être de droite, c’est croire qu’il faut tuer pour vivre.

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 313. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.