Séduits par la droite
313 | Automne 2016
Dégraisser la bête

Chapeau: 

Le capitalisme comme chez le boucher.

Le facteur humain du Français Thibault Le Texier est un film où, sur fond d’images saisies à l’usine et au bungalow entre les années 1910 et 1970 aux États-Unis, on entend en voix hors champ la correspondance entre un contremaître adepte du taylorisme et sa femme, une maîtresse de maison qui tente d’appliquer, avec enthousiasme, les méthodes de son mari à ses corvées ménagères. 

Au XIXe siècle, le terme management concernait d’abord la vie domestique, par exemple le soin porté aux enfants. C’était le ménage. Le ménagement. Un siècle plus tard, nous sommes passés du ménage au management à l’usine pour revenir dans la cuisine et partout ailleurs. Ce qui est bon pour l’usine est bon pour la cuisine, lui dira son mari. Elle lui répondra la maison fait partie du système industriel et ce qui est bon pour la maison est bon pour l’usine. Je n’ai su faire un inventaire complet des mots tirés du vocabulaire de La cuisine raisonnée ayant pris le chemin de l’usine, mais l’un d’eux, peut-être celui qui me fascine le plus, est dégraissage. À partir du XIIe siècle, le terme a le sens général de «débarrasser de la graisse». Ce n’est que depuis les années 1970 qu’il s’emploie au sens figuré d’«effectuer des économies», notamment «en licenciant du personnel qui se trouve ainsi comparé de manière déplaisante à de la graisse inutile», souligne le Dictionnaire historique de la langue française

[...]

Extrait du texte publié dans Liberté n° 313. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.