Politiques culturelles. L'héritage de Georges-Émile Lapalme
303 | Printemps 2014
Dans les tranchées du ministère - entretien avec Jean-Paul l'Allier et Denis Vaugeois

Chapeau: 

Comment fonctionne un ministère de la Culture ? Quels en sont les enjeux, les défis ? Comment défend-on un projet de loi face au Conseil du Trésor ? Liberté a rencontré deux anciens titulaires du poste.

Depuis la création du ministère des Affaires culturelles en 1961, le Québec a connu vingt-trois ministres de la Culture qui ont eu en moyenne une longévité de vingt-huit mois. Deux ministres l’ont été à plus d’une reprise. Si on exclut les quatre, dont Jacques Parizeau, qui n’ont exercé ces fonctions que quelques mois, on arrive à une longévité moyenne de près de trente-trois mois, une période relativement longue, du moins par rapport à l’image qu’on peut avoir de ce poste. Onze de ses vingt-trois titulaires ont été des femmes, certaines assez longtemps : Lise Bacon, Liza Frulla (quatre ans) et Christine Saint-Pierre (cinq ans).

Une autre particularité de ce ministère demeure ses nombreux changements de nom. Il a porté celui de ministère des Affaires culturelles de ses début en 1963 jusqu’en 1993 où il devient celui de la Culture et des Communications, résultat de la fusions de deux ministères distincts, bien que de 1970 à 1993, pas moins de six ministres de la Culture aient également été ministre des Communications. S’il devient le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine en 2007, en septembre 2012, lors de l’assermentation du ministre Maka Kotto, il redevient celui de la Culture et des Communications. En fait, seule Lisa Frulla, entre le 1er janvier 1993 et le 1er janvier 1994, aura été ministre d’un ministère connu sous le seul nom de ministère de la Culture.

Dernière remarque : le mot « culture » est présent dans la nomenclature ministérielle depuis 1961. On ne peut pas en dire autant de ministères comme ceux du Développement économique, du Développement régional, de l’Éducation et de la Science, des Ressources naturelles, de la Faune. Avec l’Éducation, les Finances, la Santé et les Transports, la Culture est une composante plutôt stable du paysage ministériel du Québec.

Denis Vaugeois a été ministre des Affaires culturelles du 28 février 1978 au 30 avril 1981 et Jean-Paul L’Allier du 5 août 1975 au 26 novembre 1976, le premier pour le Parti québécois et le second pour le Parti libéral du Québec.

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JEAN-PAUL L'ALLIER : Je suis arrivé assez tardivement au ministère des Affaires culturelles, soit en août 1975, et j’ai occupé le poste jusqu’en novembre 1976, alors que le Parti libéral perd le pouvoir et que je suis moi-même battu dans mon comté de Deux-Montagnes.

Après l’élection de 1970, Robert Bourassa me convoque à son bureau et m’offre le poste de ministre des Communications. Quand tu as trente et un ans, que tu es fraîchement élu, sans grande attache avec le parti, tu ne réfléchis pas longtemps et tu dis oui. Lorsque le premier ministre me demande plus tard de prendre le ministère des Affaires culturelles, c’est Denis Hardy qui en est le ministre depuis notre réélection de 1973. Il a succédé à François Cloutier et Marie-Claire Kirkland, qui ont occupé le poste depuis 1970. Je n’ai pas besoin de vous dire que, dans l’équipe libérale des années 1970, on ne se bousculait pas pour s’occuper de culture, moins en tout cas que pour s’occuper d’économie. 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 303. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.