Que reste-t-il de la contre-culture dans le Québec Inc.?
299 | printemps 2013
Créditez, créditez, il en restera toujours quelque chose

Chapeau: 

La dette comme nouvelle servitude volontaire ? Retour sur un phénomène contemporain

«Ça nous a pris dix ans pour construire le problème de la dette de l’État dans l’opinion publique, à faire rentrer dans la tête des gens que c’était une priorité, mais là ça va trop loin, on a perdu le contrôle sur la question. » La question de la dette, une fabrication idéologique? À en croire la confession d’un spin doctor à la src, oui. Un idéologème au cœur d’un processus de subjectivation qui fait de nous tous des endettés. Lazzarato ajouterait que cet idéologème agit d’autant plus sur nos représentations de l’État et du politique que nous sommes rongés par le sentiment de faute et de culpabilité qu’engendrent nos dettes privées. Les Joe Pickup du Québec qui se reconnaissent dans une litanie néolibérale marquée par la haine de l’État social, de sa fiscalité, et par la peur de la dette publique ne font, finalement, que transférer sur la société l’angoisse qu’ils éprouvent devant leur Visa et leurs marges de crédit. Au Québec, cette transition vers l’économie de la dette s’est amorcée avec le sommet socio-économique de 1996 sur le déficit zéro organisé par Lucien Bouchard, et poursuivie grâce au travail idéologique des Lucides sur l’opinion publique, leurs multiples et incessants passages dans les médias.[…]

À propos de : 

Maurizio Lazzarato, La fabrique de l'homme endetté : essai sur la condition néolibérale, Amsterdam, 2011, 123p.