Politiques culturelles. L'héritage de Georges-Émile Lapalme
303 | Printemps 2014
Chienne de vie

Chapeau: 

L’étrange territoire de la fratrie, enjeu du premier roman de David Clerson

Que dire d’un roman qu’il n’est possible de lire qu’en étant complice, dès le départ, de la série de refus sur lesquels il est fondé ? Il faut accepter de naviguer dans Frèresen l’absence de noms ou de prénoms normaux. Tout au plus les personnages, humains ou non, reçoivent-ils un qualificatif (l’aîné, la mère, le chien de père, la chienne grise, Pantin). Force est aussi d’admettre, et on le sent d’emblée, que le lecteur n’aura droit à aucun repère spatial ou temporel.

Pas de voiture, pas d’avion, à peine un chemin de terre battue, encore moins de téléphone cellulaire, d’ordinateur dans ce récit que l’on sent pourtant contemporain. Clerson dérange le lecteur, immédiatement dépaysé et pourtant en pays connu (on pense à la Gaspésie), installant dès le départ un mélange de familiarité et d’étrangeté dans un monde « où rien [n’est] tenu en laisse » et s’appuyant sur un réseau sémantique limité, à contenu organique, qui prend appui sur ce qui fourmille et a la force incantatoire de tout système fermé. [...]

À propos de : David Clerson, Frères, Héliotrope, 2013, 142p.