Avancez en arrière ! Quand le progrès tourne à la catastrophe
315 | printemps 2017
Chanter la mort, éclairer le vivant

Chapeau: 

Au MAI, théâtre des différences, le rituel d’une pleureuse libanaise rapproche le spectateur d’une culture du deuil étrangère.

« Suivez notre exemple », suggère la programmation 100% « diversité » du MAI où trouvent place les artistes des communautés culturelles, ceux d’un Québec pluriel dont on parle souvent mais qui est encore peu visible sur nos scènes. Des artistes noirs, asiatiques, arabes, représentants des diasporas, des groupes marginalisés, des Premières Nations – des artistes qui n’en ont rien à faire, pour la plupart, de ces étiquettes. Dans sa brochure de saison 2016-2017, l’éditorial de Michael Toppings est traduit en cinq langues (dont le mohawk, pour marquer l’appartenance au territoire non cédé où se situe le MAI) et annonce entre autres une « riposte » à Terre des Hommes avec son Expo 67 / 17, sorte de Salon des refusés en réaction à la grande messe qui a signé la modernité montréalaise, en l’absence de groupes historiquement sous-représentés.    

Toppings dirige depuis trois ans la programmation multidisciplinaire du MAI (théâtre, danse, art visuel, performance) ainsi que le volet de médiation et d’accompagnement artistique qui valorise un fort sentiment d’appartenance chez les artistes. Le développement des publics passe essentiellement par eux, fidèles ambassadeurs du lieu. Son mandat tourné vers les communautés culturelles est un pied de nez au discours frileux et souvent maladroit sur la diversité tenu par les organismes culturels, notion qui ne semble pas tout à fait métabolisée, ni par les directions artistiques ni par nombre de créateurs. Si le MAI fut longtemps isolé par ce créneau – et sans doute davantage soucieux à l’époque des communautés que de leurs pratiques –, l’arrivée de l’actuel directeur aux commandes est venue cimenter l’exigence artistique aux impératifs interculturels. Avec un flair particulièrement aiguisé pour la danse, Michael Toppings est l’un des premiers à avoir soutenu le travail de Daina Ashbee, par exemple, cette jeune chorégraphe descendante des peuples cris et métis, honorée deux fois au Prix de la danse de Montréal en novembre dernier. Le MAI remplit un mandat exigeant, essentiel, qui éduque et informe tout en maintenant sa vigilance artistique.   

Le petit théâtre de la rue Jeanne-Mance, encore négligé par les journalistes et professionnels, fait des miracles avec peu en s’alliant avec des partenaires culturels et en tissant un réseau qui dépasse le territoire québécois et canadien, relié au monde d’abord par le truchement des artistes qui y sont présentés. Dans la saison 2015-2016, mine de rien, on a pu y voir le travail de l’exubérant chorégraphe thaïlandais, Pichet Klunchun (en duo avec Alvin Erasga Tolentino), ou celui, solide, de la chorégraphe israélienne Aharona Israel. 

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 315. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.