Avancez en arrière ! Quand le progrès tourne à la catastrophe
315 | printemps 2017
C’est fucked up ce qui peut se passer sur une scène

Chapeau: 

Le théâtre comme moment de vérité.

En mars prochain, je jouerai au théâtre une adaptation monologuée de La vie littéraire. Tout a commencé lorsque Christian Lapointe, qui avait mis en scène Vu d’ici en 2008, m’a téléphoné pour me signifier son intérêt à mettre en scène le livre. Lorsqu’il m’a dit qu’il envisageait qu’un homme performe le texte pourtant au féminin, j’ai émis des réserves. La question du genre serait forcément mise de l’avant, alors qu’elle ne me semblait pas particulièrement centrale. L’idée que moi, l’auteur, performe mon propre texte constitue une sorte de compromis qui a tout de suite emballé Lapointe. Que je n’aie jamais reçu de formation en théâtre lui plaisait, il n’aurait pas à faire le travail de désapprentissage qu’il doit faire avec les acteurs diplômés. L’idée de jouer me plaisait aussi, je m’étais rendu compte que mon expérience d’autodidacte avait ses limites. J’ai en effet appris à lire dans les bars des textes punchés, ironiques, garrochés rapidement pour aller chercher l’attention d’un public souvent éméché, souvent inattentif. Mais une fois cette attention obtenue, je ne sais pas trop quoi faire, sinon continuer à pousser pour faire rire et à lancer des punchs, mais comme dans le vide. J’admire profondément pour cette raison la poète Marjolaine Beauchamp qui, en trois minutes, peut prendre une salle incontrôlable par la main, la faire taire et l’amener sur un territoire d’émotion intense et fragile. C’est ce registre émotionnel qui manquait à mes lectures et que j’espérais atteindre à travers cette expérience.

[...]


Extrait du texte publié dans Liberté n° 315. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.